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Hommage à Ibrahim Ferrer au Bout du monde

 
C’est en rendant hommage à Ibrahim Ferrer que s’est achevé la 6e édition du festival breton du Bout du monde.
lundi 15 août 2005.
 
Ibrahim Ferrer - 4.3 ko
Ibrahim Ferrer

Ibrahim Ferrer, mort le 6 août (Le Monde du 9 août), avait été l’invité vedette du Festival du bout du monde en 2003. Arrivé à la presqu’île de Crozon avec son bâton d’ébène fétiche, légué par sa mère, il l’avait amené "plutôt au début du monde". La 6e édition du festival breton, qui s’est terminée dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 août, lui a été dédiée. Durant trois jours, sur le superbe site de la prairie de Landaoudec, à quelques centaines de mètres du petit port du Fret, 55 000 spectateurs ont une nouvelle fois ovationné les étoiles montantes et confirmées des musiques du monde, de Youssou N’Dour à Amadou et Mariam, en passant par Pascal of Bollywood, Tiken Jah Fakoly, Julien Jacob, Daby Touré ou Boubacar Traoré.

Dès sa première édition en 2000, pour se faire une place aux côtés des mastodontes voisins ­ - les Vieilles Charrues, à Carhaix, plutôt rock, et le festival des Terre Neuvas, à Bobital, plus axé chanson française ­-, le petit poucet des festivals de l’été breton avait choisi de s’ouvrir à la world music, essentiellement africaine.

Le Bout du monde fait aujourd’hui la fierté des habitants de la Presqu’île. "Oui au Festival du bout du Monde, non au festival de la fin du monde", revendique un graffiti à l’entrée du bourg de Crozon. Aux côtés de 1 300 bénévoles, les agriculteurs donnent la main pour l’aménagement du site, mettent à disposition leur eau tandis que les commerçants se frottent les mains en voyant débarquer des hordes juvéniles qui restent bien souvent quelques jours dans les parages. Un millier d’entre eux viennent d’ailleurs chaque année grâce aux navettes bateaux mise en place depuis Brest pour restreindre les embouteillages.

DÉLIRES POTACHES

Pour préserver l’esprit de son festival, Jacques Guérin, patron de la société d’organisation de concerts Brestoise quai ouest musiques, tient à lui garder une taille humaine. De 25 000 en 2004, le nombre d’entrées par jour a été ramené à 20 000 cette année. "Quelques clignotants sont passés à l’orange. Les gens nous ont dit : ’Ne grossissez pas trop, restez comme vous êtes’. Nous avons fait ce choix d’une capacité moindre pour garder notre identité" , dit-il.

Les jeunes générations s’y retrouvent, mais aussi les familles. Les poussettes sont légion sur le site de 3 hectares. Cette année, le benjamin des festivaliers était sans doute Yannick, âgé de 1 mois et demi. Non loin de là, Arthur, 8 ans et Amalia, 4 ans, étaient venus applaudir Ridan. "Nous étions déjà allés aux Vieilles Charrues. Ici, c’est plus familial, mieux adapté aux enfants", expliquent leurs parents Albert et Stéphanie, qui ne se formalisent pas du tout des débordements bon enfant alentour. Car s’il vient s’offrir un bain musical, le jeune public vient tout autant rivaliser de délires potaches.

Depuis 1998, année où les Vieilles Charrues ont franchi la barre des 100 000 spectateurs, les jeunes Bretons sont accrocs à leurs grands rassemblements et ont peu à peu peaufiné un manuel du parfait festivalier. Les oriflammes, brandis pour rallier les copains dans la foule, plus loufoques les uns que les autres, en sont l’un des principaux éléments. Pour se mettre à l’unisson, les bénévoles innovent aussi, comme l’association Mais qu’est ce que tu fabriques ?, qui a distribué 1 700 boîtes de pellicule pour que les fumeurs y entassent leurs mégots.

Quand ils ne délirent pas entre eux, les festivaliers répondent à la seconde aux sollicitations des artistes, qui se disent souvent bluffés par l’ambiance. Ridan s’est jeté dans la foule dimanche. Daby Touré, qui faisait son retour après avoir été découvert ici en 2002, n’en finissait pas de vanter "l’excellent public".

Le Cajun Zachary Richard, qui donnait samedi son seul concert français, était aussi sous le charme de l’ambiance : "Ici, il y a quelque chose de très profond. La Bretagne et moi, nous sommes Velcro."

Par Thierry Charpentier, lemonde.fr