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Passion de Mohamed Malas

 
Avec Passion, Mohamed Malas dénonce les dérives idéologiques de la société syrienne rongée par le machisme.
mercredi 17 août 2005.
 
Passion de Mohamed Malas. - 5.4 ko
Passion de Mohamed Malas.

Alep, ville syrienne d’histoire et de musique, une femme est poignardée puis achevée au pistolet par son frère, ses cousins, son oncle. Partant de ce fait divers, le cinéaste Mohamed Malas, connu pour les Rêves de la ville (1984) et la Nuit (1992), construit ce film tel un constat clinique et révélateur. Car cette femme a été tuée pour sa volonté d’élever sa belle-fille comme l’égale d’un garçon, et à cause du symbole de cette revendication « féministe », son amour des chansons d’Oum Kalsoum, considéré tel un désir d’émancipation aussi « grave » qu’un blasphème ou un adultère.

Situant le film, notamment son dénouement fatal, au moment même de la mort d’Hafez el-Assad et de la crise de succession dynastique, en septembre 2000, Malas en fait très consciemment un manifeste politique. La condition féminine en Syrie et la suspicion dans laquelle est tenue toute passion artistique ou intellectuelle sont pour lui les deux plaies traditionnelles du pays. Celles qui empêchent toute évolution moderniste d’un régime baasiste s’appuyant sur le nationalisme et la religion pour stopper net toute réforme.

Passion a les vertus et les défauts du film à thèse, ce qu’on nommerait chez nous la « fiction de gauche ». Il n’est guère nuancé sur le fond et ne cherche en rien l’innovation formelle. Mais il est bien joué (Salwa Jamil est parfaitement à sa place) et possède la précision d’une démonstration implacable. Le pavé tombe exactement où il faut, en plein dans la mare d’une société sclérosée.

Par Antoine de BAECQUE, liberation.fr