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Amazonie : le "Kuarup"

 
Ce week-end, des centaines d’indiens d’Amazonie ont célébré au parc national du Xingu, le "Kuarup" pour libérer l’esprit des morts.
mardi 16 août 2005.
 
Deux indiens Kuikuro lors de la cérémonie du Kuarup en Amazonie. - 3.5 ko
Deux indiens Kuikuro lors de la cérémonie du Kuarup en Amazonie.

Le corps entièrement peint, des centaines d’indiens d’Amazonie de la réserve du Xingu (Brésil central) ont célébré ce week-end leur grand rituel funéraire, le "Kuarup", une nuit de pleurs et d’incantations pour libérer l’esprit des morts.

Atamae, le cacique de l’ethnie Waura, a invité les indiens de cinq tribus alentour à participer à la cérémonie en hommage à son frère, à l’issue d’un deuil d’un an, réservé aux personnages importants de la tribu.

"On va en finir avec le deuil, chasser la tristesse. Demain à l’aube son esprit quittera la terre et la tristesse de la famille prendra fin", explique Atamae.

Quatre enfants morts en bas âge pendant l’année sont associés à l’hommage funèbre. Les Wauras ont coupé cinq troncs dans la forêt en bois "Kuarup", représentation de l’esprit des morts. Sculptés et décorés, les troncs ont été plantés en plein centre du village circulaire, composé de huit grandes huttes collectives.

Dans l’après-midi les indiens ont paré leurs corps avec de la teinture produite avec des plantes de la forêt tropicale : l’urucum rouge et le genipapo noir. "Les morts ne veulent pas nous voir laids", explique Atamae.

Kagi Waura, 31 ans, a dessiné sur ses jambes les figures géométriques noires du serpent sucuri, à la mémoire de sa fille décédée à six mois d’une pneumonie.

Hôtes et invités du Kuarup ne revêtent qu’une simple ceinture colorée nouée sur le devant. Certains sont entièrement nus. Dans la matinée, les Wauras ont pêché dans la rivière et les femmes ont préparé les galettes de manioc pour que les invités, venus de cinq villages voisins, aient à manger.

A la tombée de la nuit, les familles invitées ont installé leurs hamacs et allumé des feux de bois. Le rituel peut commencer.

Chaque tribu entre tour à tour dans le village illuminé par la nuit étoilée avec des cris terrifiants et danse en tapant des pieds autour des Kuarups, devant lesquels brûle un feu.

Leur cacique va pleurer avec la famille du mort, assise en cercle autour du Kuarup. Deux chanteurs psalmodient toute la nuit des incantations lancinantes, en secouant des maracas, demandant aux esprits de se préparer à quitter la terre. Vers cinq heures du matin, les esprits ont été libérés.

A la levée du jour, des hommes à la peau striée avec des arêtes de piranhas, pour devenir plus forts, entament leur "uka-uka", un corps à corps constituant la dernière phase du rituel.

Le Parc national du Xingu, une réserve de 28.000 km carrés de forêt amazonienne située dans l’Etat du Mato Grosso, à 570 km de Brasilia, a été fondé en 1961 par trois frères : Leonardo, Claudio et Orlando Villas Boas, les premiers à avoir établi le contact avec les indiens du Brésil central à la fin des années 40.

Le parc compte aujourd’hui 4.800 indiens répartis en 14 ethnies parlant des dialectes distincts. On ne peut encore y accéder qu’en petit avion.

Dans cette réserve protégée, les pratiques les plus primitives se heurtent à l’attrait de la civilisation des blancs.

Les mères pratiquent encore l’infanticide, en enterrant le nouveau-né vivant dans trois cas : s’il a un handicap de naissance, si le père ne le reconnaît pas ou s’il est le premier de jumeaux.

"Nous essayons de convaincre les mères de céder le bébé pour l’adoption mais si elles accouchent dans le village avec la sage-femme indigène, on ne peut rien faire", affirme Anelita Gomes, 33 ans, infirmière du poste de santé Leonardo, à 33 km de piste du village des Wauras.

D’un autre côté, Aritana, le principal cacique de la réserve, se dit "inquiet" sur le maintien des traditions par les jeunes générations.

"Les jeunes préfèrent regarder la TV des blancs (qui marche avec des générateurs ou à l’énergie solaire)", déplore-t-il.

"On essaie de leur faire prendre conscience qu’ils doivent préserver leur culture et c’est là l’importance de rituels comme le Kuarup".

Source : AFP