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Aurillac : Festival international de théâtre de rue

 
A Aurillac, place aux spectacles avec l’ouverture demain de la vingtième édition du Festival International de théâtre de rue.
mardi 16 août 2005.
 
A Aurillac, 20ème édition du Festival international de théâtre de rue, du 17 au 20 Aout. - 5.2 ko
A Aurillac, 20ème édition du Festival international de théâtre de rue, du 17 au 20 Aout.

Centre-ville bouclé, bodegas de fortune érigées aux côtés des cafés, Aurillac se prépare, à quelques heures de l’ouverture officielle de la vingtième édition du Festival international du théâtre de rue, à accueillir 2 000 artistes et 100 000 spectateurs, soit plus du triple de la population habituelle de la ville. C’est là la rançon d’un succès qu’il lui faut pérenniser chaque année et qui conforte l’idée d’arts de la rue qui se normalisent pour des festivaliers devenus au fil des années plus exigeants. La recherche de la norme, Jean-Mary Songy, le directeur artistique du festival depuis 1993, s’en méfie, si bien qu’il a profité de l’édito du programme officiel pour lancer un rappel à l’ordre qui sonne comme un désir de retour aux sources : « A travers les propositions artistiques de cette « vingtième », le festival défend son genre « théâtre de rue », revivifie ses racines interventionnistes et affirme ses capacités illimitées à faire du spectacle où et quand il veut ».

Si Jean-Mary Songy se défend de l’idée d’un théâtre de rue embourgeoisé, il insiste néanmoins sur le caractère premier du genre, à savoir son caractère interventionniste. Il rappelle que le théâtre de rue est un mouvement radical, issu de l’agit-prop des années 70, qui s’est développé dans les années 80. Un mouvement que Michel Crespin a entériné d’une part avec la création en 1982 du Centre national des arts de la rue, d’autre part avec, quatre ans plus tard, l’appel à candidatures pour qui voudrait accueillir un festival de théâtre de rue. Aurillac lève le doigt, est retenue, et reçoit, en 1986, six compagnies dans le cadre du programme officiel, une « compagnie de passage » déposant ses bagages dans la cité cantalienne le temps du festival. Vingt étés plus tard, le festival auvergnat reste le premier dans son genre et inscrit 17 compagnies à son programme officiel, attend 450 compagnies dites de passage, et doit affronter des problèmes d’organisation de plus en plus lourds qui l’éloignent de la « simplicité de l’intervention », regrette Jean-Mary Songy.

« L’édito s’adresse aussi aux compagnies de passage qui ont tendance à se regrouper dans des lieux qu’on appelle des cours pour des raisons économiques, explique encore le directeur artistique. Parce que c’est plus simple de gérer un lieu à cinq ou six compagnies, mais ça veut dire aussi que ça formate le théâtre de rue vers quelque chose qui là ressemble à Avignon, même si les formes et la famille artistique ne sont pas tout à fait les mêmes. Il y a quelque chose qui est là de l’ordre d’une dérive par rapport à la manipulation de la ville. Les compagnies sont moins interventionnistes, elles ont tendance à être plus stables dans l’espace public, à concevoir des spectacles avec une scénographie moins chaotique et donc plus fron tale. »

Songy promet : « L’interventionnisme, c’est ce que l’on va voir avec un personnage comme Leo Bassi, dont on ne sait absolument pas ce qu’il va faire. C’est un bonimenteur incroyable, c’est quelqu’un qui va triturer le festival dans tous les sens, va secouer les gens, va faire des actions un peu dérangées. C’est aussi le Théâtre de l’Unité qui détourne un hôtel en un bordel poétique, c’est une belle utilisation d’une situation urbaine. Avec la troupe allemande Titanick, c’est du vrai théâtre de rue, dans le sens où il y a deux départs dans la ville, il y a des parades, un final. Ce sont des formes et des manières d’écrire dans la ville qui identifient bien le théâtre de rue. » La fête anniversaire qui le 20 août démarrera à vingt heures s’inscrit elle aussi dans ce retour aux origines : Pierre Berthelot de Générik Vapeur est chargé avec les compagnies présentes cette année d’imaginer vingt actions. Elles devraient trouver leur prolongement jusqu’au pique-nique du 21 août, qui mettra un terme à cette édition marquée par la volonté de retrouver un peu de fraîcheur.

A l’image de Roman-photo, ce spectacle créé par Royal de Luxe en 1987 et repris cette année par la compagnie chilienne Gran Reynata, qui doit beaucoup à ses rebondissants comédiens et à l’hallucinante énergie de la voix off. Bien loin cette fois de toute spontanéité et de la gratuité assimilée au théâtre de rue, il nous faut apprécier le travail soigné de la compagnie Phun qui avec son Train Phantôme nous entraîne sur les chemins grand-guignolesques de toutes les peurs, guidés par une famille Adams d’un nouveau genre, les Ramon. Certes cela coûte 15 euros et le spectateur est assis mais il faut savoir ne pas bouder son plaisir. N’en déplaise aux puristes.

Par Laurence Addario, lefigaro.fr