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Jamal Eddine Bencheikh est mort

 
Jamal Eddine Bencheikh, mort d’un exégète et linguiste de renom.
vendredi 12 août 2005.
 
Poète, traducteur, professeur d’université, Jamal Eddine Bencheikh est décédé lundi, à 75 ans - 3.8 ko
Poète, traducteur, professeur d’université, Jamal Eddine Bencheikh est décédé lundi, à 75 ans

Poète, traducteur, professeur d’université, Jamal Eddine Bencheikh s’est éteint lundi, à 75 ans, suite à une longue maladie. Avec sa disparition, la culture arabe médiévale perd l’un de ses brillants érudits, et Sheherazade l’un de ses indéfectibles protecteurs.

Né le 27 février 1930 à Casablanca dans une famille algérienne de magistrats, il s’inscrit au lycée d’Alger de retour au pays pour y suivre des études d’arabe et de droit. Il rencontre Jean Sénac (auquel il consacra, après l’assassinat de celui-ci, un texte des plus incisifs), et Jean-Claude Xuereb. Il arrive à Paris en 1956 pour y étudier les lettres arabes. L’agrégation en poche, il retourne à Alger en 1962 où il est chargé à la faculté des lettres d’un cours sur la littérature arabe médiévale. En 1969, il regagne Paris, intègre le CNRS avant de devenir professeur à Paris-VIII, puis à la Sorbonne jusqu’à 1997, année de sa retraite.

Sur invitation de son ami Djilali Liabès, il se rend en Algérie en 1993. Après l’assassinat de ce dernier, il ne remettra plus les pieds dans son pays. Il trempe sa plume dans les plaies du monde arabe pour dénoncer les dérives religieuses, la violence rampante, les libertés bafouées, les écrivains et les poètes assassinés. Il vivait le regard tourné vers la Mésopotamie, mère nourricière de récits et de savoirs. Et Rose noire sans parfum (Stock, 1998) est un beau roman aux accents prémonitoires. Les travaux de Jamel Eddine Bencheikh en littérature arabe médiévale, dans le domaine de la poétique, de l’esthétique et de l’exégèse, ont balisé la voie à toute une génération de chercheurs arabes ou arabisants.

Décomplexer l’Orient de l’emprise de l’orientalisme occidental : voilà ce vers quoi tendait sa démarche. Les Mille et Une Nuits (dont le premier tome est paru il y a peu à la Pléiade dans sa nouvelle traduction) allaient lui offrir l’opportunité de réaliser ce projet d’édition et de critique. Loin des raccourcis sur un Orient infantile et oisif qui ne cesse de s’ébattre, selon une imagerie clinquante, dans le sang et les désirs charnels, il oeuvre avec son ami André Miquel pour faire passer dans leur traduction un Orient complexe, vivier poétique mais également théâtre du tragique.

Par Maati KABBAL, liberation.fr