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Ferrer, à coeur perdu

 
Ibrahim Ferrer, "papy" vénéré du Buena Vista Social Club a été enterré au cimetière Colon de la Havane.
mardi 9 août 2005.
 
Ibrahim Ferrer a été enterré au son d’un de ses boleros préférés,
Ibrahim Ferrer a été enterré au son d’un de ses boleros préférés, "Mil congojas" (mille tristesses).

200 personnes ont accompagné lundi à sa dernière demeure Ibrahim Ferrer, le visage et la voix légendaire du Buena Vista Social Club, enterré au cimetière Colon de La Havane au son d’un de ses boleros préférés, "Mil congojas" (mille tristesses).

Après une brève cérémonie religieuse dans la chapelle du cimetière, le cercueil du chanteur, porté par ses fils et ses proches, a été déposé dans une tombe de l’immense cimetière sous des dizaines de couronnes fleuries, dont une, plus grande que les autres, envoyée par le président Fidel Castro.

Son ami d’enfance, Eduardo Rosillo, longtemps animateur de Radio Progressista, principal vecteur de la musique cubaine, a salué la mémoire de l’homme "à l’éternelle casquette et à la voix d’ange", décédé samedi à 78 ans et sauvé de l’oubli en 1997 par le guitariste américain Ry Cooder.

"Merci de nous avoir régalés", a-t-il conclu son hommage à la "légende vivante de la musique cubaine", devant une assistance composée principalement de proches et du monde musical cubain.

Deux vice-ministres de la Culture avaient fait le déplacement pour représenter le gouvernement cubain lors de cette cérémonie que ses proches ont voulue intime.

L’assistance s’est ensuite recueillie au son de "Mil congojas", un lent bolero d’Ibrahim Ferrer au titre évocateur : "mille tristesses".

Ibrahim Ferrer est mort samedi après-midi au Centre d’investigations médico-chirurgicales de La Havane des suites d’une gastro-entérite à l’issue d’une longue tournée en Europe, dont il était revenu épuisé mercredi. Il avait été hospitalisé immédiatement à son arrivée.

Le chanteur était beaucoup plus populaire à l’étranger qu’à Cuba même, où les "anciens" ont gardé un souvenir flou de ses succès des années cinquante, tandis que les jeunes ne prisent guère une musique dont ils se détournent et à leurs yeux destinée essentiellement aux touristes.

La presse officielle cubaine lui a rendu un hommage discret lundi, Granma, organe du PC cubain, rappelant en page intérieure, sous le titre "Boleros pour l’éternité", le rêve brisé du chanteur d’enregistrer un album solo de "boleros", les chansons sentimentales que le crooner affectionnait tant.

Le quotidien officiel a rappelé également le refus de l’administration américaine de lui accorder l’an dernier un visa pour aller récupérer à Los Angeles le Grammy Award qui lui avait été décerné pour son album "Buenos Hermanos".

Le visage d’Ibrahim Ferrer était apparu peu après sur de grands panneaux à La Havane, son éternelle casquette vissée sur la tête, accompagné de cette question : "Terroriste, moi ?"

Juventud Rebelde, l’autre quotidien national, lui a accordé une nécrologie d’une colonne en dernière page, sans commentaire, tandis que l’hebdomadaire Trabajadores soulignait que "la mort de Ferrer a ému beaucoup de musiciens cubains" du fait de "sa voix particulière, belle, chaude et mélodieuse".

Les trois organes de presse officiels ont souligné son succès à l’étranger, sans toutefois faire allusion au rôle de Ry Cooder ni au film du réalisateur allemand Wim Wenders, tous deux décisifs dans la "renaissance" du chanteur et le succès du Buena Vista Social Club.

"Les grandes capitales du monde l’ont ovationné, mais lui est resté le Cubain simple de toujours ; le bonhomme avec son sourire et sa casquette. Ainsi Cuba lui fait ses adieux et s’en souviendra", a conclu Trabajadores.

Avec son décès, le Buena Vista Social Club a perdu sa troisième star après les décès du chanteur Compay Segundo en juillet 2003, et du pianiste Ruben Gonzalez le 8 décembre de la même année.

Les autres membres de la formation sont la diva Omara Portuondo (chanteuse), Eliades Ochoa (guitariste), Luis Guajiro Mirabal (trompettiste), Barbarito Torres (Tres, guitare cubaine à trois cordes doubles), Amadito Valdès (timbales), Pio Leyva (chanteur) et Orlando Cachaito Lopez (bassiste).

Ibrahim Ferrer avait effectué une tournée d’un mois en Europe pour présenter "Mi sueno : a bolero songbook" (Mon rêve : un album de boléros), dont la sortie était prévue en 2006.

Le manager Daniel Florestano a assuré à l’AFP qu’"il y aura un disque", grâce aux enregistrements effectués en "live".

Source : AFP