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Nietzsche : Suspendu à une branche

 
mardi 9 août 2005.

Suspendu à une branche
Je berce ma lassitude
Je suis l’hôte de l’oiseau d’or
Dans un nid d’oiseau, je m’endors
Où suis-je donc ? loin, très loin.
La mer blanche est endormie
Sur elle, une petite voile,
un rocher, figuier, tour et port.
Pour les moutons, la bergerie...
Que m’accueille l’innocent midi !

Un pas après l’autre - quelle vie !
Une jambe après l’autre- c’est pesant.
J’ai dit "envole-moi, au vent"
Que l’oiseau m’apprenne à voler !
Vers le Sud au-dessus des mers.

Raison : lourde et pénible affaire
tu nous mènes au bout de la route
Mais que m’importe tous tes doutes ?
Me reviennent l’ardeur, la sève
D’un nouveau jeu, d’un nouveau rêve.

Pour penser, être seul est sage
Mais pour chanter serait folie
Entourez-moi, oiseaux amis
Méchants amis, dans le silence
Que je chante votre louange.

Jeunes, trompeurs et vagabonds
Vous êtes bien faits pour l’amour,
où pour tout jeu voleur de temps.
Dans le Nord, voilà mon aveu :
Moi-même je devins amoureux
D’une vieille, à donner le frisson,
la vérité était son nom.

Friederich Nietzsche