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Taj Mahal, The Blind Boys of Alabama

 
Taj Mahal, le « missionnaire du blues » sera au Festival du Jazz in Marciac ce soir.
jeudi 4 août 2005.
 
Taj Mahal, le « missionnaire du blues » - 3.8 ko
Taj Mahal, le « missionnaire du blues »

Longtemps marginal aux yeux des théoriciens de la note bleue pour sa propension à aller piocher dans les répertoires du reggae, de l’afro-beat ou de la musique brésilienne des éléments susceptibles d’enrichir son blues original ; familier des amateurs de pop music pour avoir longtemps côtoyé Ry Cooder, Al Kooper (fondateur de Blood Sweat and Tears) et Jesse Ed Davis (le guitariste Cherokee de Lennon et de John Trudell), Taj Mahal est plutôt bien vu des instances jazzy depuis qu’il a monté, en 1971, une formation insolite, articulée autour de quatre tubistes. Parmi ceux-ci, le Bostonien Howard Johnson, rencontré dans un club de Manhattan. « Au début, je l’ai pris pour un de ces jazzmen bien allumés comme il y en avait tant et plus à l’époque, se souvient le chanteur, puis j’ai eu l’occasion d’assister à une répétition de son orchestre. Il y avait sept tubas qui ne se contentaient pas de faire pom-pom-pom mais accordaient une large part à l’improvisation. J’étais tellement séduit que j’ai décidé de travailler avec Howard et enregistré ainsi The Real Thing. »

Fils d’un jazzman antillais, Henry Fredericks, né le 17 mai 1942 à New York (sa soeur, Carole, décédée en 2001, a longtemps collaboré avec Jean-Jacques Goldman et enregistré deux albums en France, dont Couleurs et parfums en 1999), a été élevé dans le Massachusetts, où il a obtenu, à l’université d’Amherst, un diplôme de vétérinaire-généticien. C’est à l’église, bien sûr, qu’il a pris goût au chant, avant de s’intéresser au maniement de divers instruments : piano, guitare, harmonica, clarinette.

Aussi, au milieu des années 60, après avoir adopté le pseudonyme de Taj Mahal, fonde-t-il un premier quartette, The Rising Sons, spécialisé dans la reprise de classiques bluesy. Heureuse coïncidence, l’Amérique, secouée par une déferlante British Blues Boom sans précédent (Alexis Korner, John Mayall, Rolling Stones, Animals...), réalise au même moment que cette musique, tant prisée des jeunes Anglais, a pris naissance sur son territoire. L’heure est donc au « blues revival », dont Taj Mahal, isolé au milieu des Canned Heat, Mike Bloomfield et autre Paul Butterfield Blues Band, représente curieusement l’unique voix noire.

Fin 1966, sollicité par Columbia, il enregistre sous son seul nom un premier disque sur lequel il reprend Sleepy John Estes (Leaving Truck), Sonny Boy Williamson (Checkin’ Up My Baby) et Robert Johnson (Dust My Broom). L’université Taj Mahal vient de fêter avec succès son inauguration.

Deux ans plus tard, après être apparu au générique du Rolling Stones Rock & Roll Circus, il commercialise un double album dont le second volet, De Ole Folks At Home, est prétexte à un éblouissant numéro acoustique en solitaire, censé sensibiliser les jeunes générations à la richesse du patrimoine blues rural. « Il me semblait important de se pencher sur le passé, commentera-t-il ensuite, à ce moment-là on ne trouvait aucun livre traitant de la musique noire aux Etats-Unis. Quant aux disques, il était difficile de se les procurer à supposer que l’on en connaisse préalablement l’existence. »

Dès lors, Taj Mahal va s’attacher à exploiter les racines de la musique afro-américaine, réhabilitant quelques standards oubliés, qu’il régénère parfois avec le concours des Pointer Sisters, ou qu’il enrobe volontiers de rythmes caraïbes aromatisés au reggae. « Quand j’ai publié Mo’ Roots, sourit-il, la critique m’est tombée dessus, affirmant que j’étais cinglé. Trois mois plus tard, on entendait du reggae dans le monde entier. »

Compositeur de la BO du Sounder de Martin Ritt (dans lequel il fait également l’acteur), Taj Mahal affectionne aussi les guitaristes flamenquistes (il a composé Gitano Negro en l’honneur de Carlos Montoya) et s’est récemment rapproché un peu plus de l’Afrique en se mesurant au joueur de kora Toumani Diabaté. Tout en restant fidèle à cet éclectisme qui caractérise sa carrière phonographique (et qui l’a poussé à enregistrer un duo avec le comédien karatéka Steven Seagal à l’occasion du film Fire Down Below), Taj Mahal persiste à se revendiquer « missionnaire du blues ». Même s’il reconnaît volontiers que la majorité des spectateurs abonnés à ses concerts est blanche. « Mais, précise-t-il, j’ai remarqué que plus le temps passait, plus le pourcentage de Noirs augmentait. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, ceux-ci ne sont libres que depuis un siècle. Et qu’ils commencent tout juste à apprécier leur héritage culturel. »

Par Serge LOUPIEN, liberation.fr