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Calogero

 
Calogero surfe sur la vague du succés en attendant la sortie, le 22 Aout, de son dernier disque live.
lundi 1er août 2005.
 
Calogero - 3.6 ko
Calogero

Une tournée qui, de salle en salle, affiche complet, un album - 3 - qui atteint le million d’exemplaires, un nouveau disque live à sortir le 22 août. Calogero est en quelques années devenu un des chanteurs français qui marche le mieux. Avec un avantage : un vrai métier de scène. Un avantage aujourd’hui à nouveau décisif quand on veut poursuivre une carrière au-delà d’un tube. Adolescent, il avait créé avec son frère le groupe Les Charts qui a enregistré quelques succès d’estime ; aujourd’hui, à plus de 30 ans, il est devenu un des incontournables du paysage de la chanson française. Belle histoire pour ce fils d’émigrés italiens qui a suivi sa route de Grenoble à Paris et qui, en fin d’interview, demande d’un air grave : « Est-ce que je vous ai dit quelque chose de prétentieux ? »

Le Figaro Magazine - Comment fait-on pour passer de la fragilité à la confiance en soi ?

Calogero - Dans la vie, j’ai un côté fragile ; je m’affirme en scène parce que j’y suis toujours en pleine possession de mes moyens. Plus les salles sont grandes, mieux ça me va.

On vous prétend discret dans la vie...

Je ne veux pas en faire des tonnes en dehors de la scène, mais j’aime bien les bonnes sorties, sans pour autant jouer un personnage extraverti qui devrait se comporter comme ci ou comme ça. La preuve, je ne suis pas à l’aise à la télé.

Quand devient-on sûr de soi ?

A partir du moment où les autres aiment ce que l’on fait. Que l’on sent que l’on plaît. Quand je marche dans la rue, cela me fait marrer si deux nanas se retournent et me reconnaissent. Ça me donne une idée de ce que c’est d’être un super beau mec, alors que je n’en suis pas un. C’est le côté rigolo de la chanson et de la célébrité. J’ai toujours été dragueur et ça ne se passait pas trop mal, mais rien à voir avec aujourd’hui !

Le succès change quoi, dans la séduction ?

Chanteur, c’est un métier de charmeur. De Gainsbourg à Iglesias, ce sont tous des charmeurs, même Arno, qui ne le dit pas. Même les rebelles sont charmeurs.

La chanson, ça sert à quoi ?

A donner du bonheur aux gens.

Et à vous ?

A garder mes rêves de môme, qui n’ont pas bougé. J’ai des modèles : U2, The Cures, Depeche Mode, ce sont des références qui m’émerveillent toujours aujourd’hui. Quand je me retrouve devant un Zénith plein, je me dis : « Ouah, tu réussis à faire ce que tes modèles faisaient ! »

La scène, cela vous apporte quoi ?

Quand on réussit à s’ouvrir, on se sent d’un seul coup appartenir au public. Sur scène, il n’y a aucun danger, les gens viennent pour vous aimer, pas pour vous juger. On n’a que du bonheur à donner. Quand les gens disent « Calo, c’est mieux sur scène qu’en CD », j’adore. Toujours ce besoin de séduire à mort. La musique est une arme.

Le cap des 30 ans a-t-il été difficile ?

Il y a un schéma en France : le chanteur explose autour de 30 ans ; avant, il est suspect, surtout chez les chanteurs populaires.

On vous dit chanteur sophistiqué...

Ça me fait plaisir.

Etes-vous complexé vis-à-vis des Anglo-Saxons ?

Avec leur langue, ils ont un avantage. Pourtant, avoir eu Barbara, Brel, Brassens et Ferré, c’est aussi gros que les Stones, sauf qu’un album en français n’intéresse que les Français. Il sera forcément boudé par les Anglais ou les Allemands. Il faut donc assumer le fait que chanter en français ne permet pas de s’exporter, et que cela ne sert à rien de jouer à l’homme politique qui veut conquérir le monde.

On dit qu’un peu de nationalisme, c’est la culture, beaucoup, c’est l’extrémisme...

Moi, j’aime la France, je suis fils d’émigrés, mes parents ont choisi ce pays. C’est une belle histoire, il faut donc l’être un peu, nationaliste. J’aime l’histoire de France, j’aime son ouverture et ses mélanges. J’exècre les ghettos quels qu’ils soient.

Votre musique n’est pourtant guère métissée

C’est vrai, j’ai un style à moi et je ne suis pas quelqu’un qui va faire du reggae, du Daft Punk... je fais du... comment l’appelleriez-vous ? En fait, j’essaie d’apporter une double culture de chanson française et de groupes anglo-saxons qui m’ont influencé.

Devenir un modèle, cela vous gêne-t-il ?

Si cela concerne la musique, pas de problème, cela me flatte. Pour le reste, je ne le mérite pas. Je ne suis pas un chercheur, je suis un type honnête, je crois être un mec bien, facile à vivre, mais sûrement pas un modèle.

Votre principal défaut ?

Il me manque toujours une certaine confiance en moi. Ma future femme est là pour ça. Une lueur quand tout dérape. Car je perds vite confiance. Pourtant je suis très lucide par rapport aux gros succès. J’ai eu coup sur coup deux albums qui ont très bien marché, c’est exceptionnel. Il faut donc une nouvelle fois rebondir.

Avez-vous toujours douté ?

Je savais que, musicalement, il y avait quelque chose de fort en moi. Comme je suis un bosseur, quand je perds confiance, j’y retourne.

Vos coups durs ?

Avoir eu du succès trop tôt, car, après les premiers succès des Charts, cela s’est essoufflé. Il a fallu passer à autre chose, il a fallu rebosser comme cuistot au Poivrier tout en ayant eu un peu de notoriété. C’est pour cela que je suis devenu prévoyant et prudent. Je me méfie des vagues, du vent, je suis ma route coûte que coûte.

Préférez-vous les petites salles ou les grandes ?

Les grandes, évidemment. J’aime bien qu’il y ait du monde, je suis un taureau sur scène. Maintenant que j’ai été piqué, je ne pourrais plus m’en passer. Il y a là un côté animal qui me convient. L’intimiste, c’est pas mon truc.

On est loin de votre période apprenti plombier ! Ce n’était pas vraiment un rêve. Mon père est très manuel. Pas moi.

Y a-t-il de la place aujourd’hui pour les chanteurs qui ont une voix ?

Il y a de la place pour tout le monde, avoir une voix n’est pas un handicap, même si, aujourd’hui, beaucoup sussurent plus qu’ils ne chantent. Après avoir eu ceux qui braillent. L’important c’est qu’on vous reconnaisse.

Par François Delétraz, lefigaro.fr