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Festival de poésie à Lodève

 
Dans le cadre des "Voix de la Méditerranée", la 8e édition du festival de poésie se déroule à Lodève (Hérault), jusqu’au 31 juillet.
mercredi 27 juillet 2005.
 
8e édition du festival de poésie  à Lodève. - 5.9 ko
8e édition du festival de poésie à Lodève.

A l’ombre d’un pont roman, les chaises sont disposées à même le lit de la rivière, pour que les spectateurs puissent avoir les pieds dans l’eau : à l’heure chaude de l’après-midi, la poésie s’écoute dans la fraîcheur. Le matin, les lectures ont lieu dans le cloître de la cathédrale romane. Après le déjeuner, des "siestes poétiques et musicales" sont proposées dans le jardin d’une ancienne mégisserie.

Toute la journée, sur les places languedociennes, dans les cours des anciens hôtels particuliers, aux carrefours, la poésie est chuchotée, scandée, hurlée en français, en italien, en arabe, en serbo-croate, en portugais... Le soir, les musiciens s’emparent des textes pour les chanter à ciel ouvert.

Avec sa 8e édition, les Voix de la Méditerranée restent l’un des festivals de poésie les plus inventifs en France. Ici, pendant neuf jours, la poésie est dans la rue, "sur les lieux du quotidien", insiste Maïthé Vallès-Bled, directrice du festival et conservatrice du Musée de Lodève, pour la rendre accessible à tous et afin de mettre à l’honneur le patrimoine de cette ville médiévale.

Les 90 poètes invités, qui lisent dans leur langue, soutenus par des traductions en français, viennent de toutes les aires méditerranéennes ­ latines, balkaniques, arabes. De Bagdad à Sarajevo, de Gaza à Tirana, le chant méditerranéen est une musique de la douleur et du cri.

LYRISME DU MYSTÈRE

Depuis les Balkans, de nouvelles voix montent, comme celle de Farouk Sehic, Bosniaque né à Bihac en 1970, qui, dans une écriture noire et puissante, fait claquer sa critique d’une planète gouvernée par de vieux "Superman". Plus les peuples sont "fatigués", selon la formule du Palestinien Basem Alnabriss, plus les poètes semblent creuser aux sources de la langue, dans la métaphore, le rythme, l’obscurité des espérances. Palestinien vivant à Berlin, le jeune Bashir Shalash manie un lyrisme du mystère et de l’abstraction.

Parmi ces poètes, certains sont publiés en France, comme le Syrien Adonis (Poésie/Gallimard), le Français Antoine Emaz, le Croate Zvonko Makovic ou le Portugais Antonio Osorio. D’autres sont à découvrir ­ les Italiens Riccardo Held et Guiseppe Conte, ainsi que les témoins peu connus d’un Orient plus lointain, comme Mohammed Hussaini, auteur kurde de Syrie, ou Maysoon Saqer, poétesse des Emirats arabes unis.

Comme les musiciens, les performers viennent restituer la jouissance de la parole. Troubadours modernes, Nicola Frangione, en italien, ou Julien Blaine, en français, vocifèrent, battent le rythme et crachent le souffle des mots.

A l’ombre du pont roman, Blaine, le Marseillais, s’est lancé dans une improvisation avec Sapho, la chanteuse franco-marocaine. Cette dernière, familière du festival de Lodève a donné, le 24 juillet, la première de son nouveau spectacle, "Sapho chante ferré", consacré à Léo Ferré. Accompagnée d’un guitariste de flamenco, elle réchauffe, de sa voix ample, les textes du vieux Léo. Au rappel, une surprise : Sapho chante Avec le temps... en arabe.

Le festival est cependant assombri par les difficultés liées à la nouvelle majorité politique du Conseil régional, présidée depuis 2004 par le socialiste Georges Frêche. Le député maire Robert Lecou (UMP) a appris, le 20 juillet, par la presse, que la subvention régionale pour la politique culturelle de sa ville passait de 123 000 en 2004 à 50 000 € en 2005.

Par Catherine Bédarida, lemonde.fr