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Perdre est une question de méthode de Sergio Cabrera

 
Perdre est une question de méthode est un thriller à multiples facettes de Sergia Cabrera qui est devenu réalisateur dans l’espoir de faire bouger les choses en Colombie.
mercredi 27 juillet 2005.
 
Perdre est une question de méthode de Sergio Cabrera - 5 ko
Perdre est une question de méthode de Sergio Cabrera

Sergio Cabrera a de la bouteille. Colombien, né à Medellín, le désormais quinquagénaire a fait ses classes « révolutionnaires » entre la Chine et son pays où, parallèlement à un engagement artistique, il s’est efforcé de faire bouger les choses. Conclusion, pragmatique : « Toujours utopiste (mais beaucoup moins communiste), j’ai finalement décidé de devenir réalisateur. »

Le doute politique s’entend d’ailleurs dans Perdre est une question de méthode, à travers la présence d’un rond-de-cuir boulot qui suit le héros à la trace et lui pose mille questions. Mais il n’y a pas que ça : chemin faisant, dans cette adaptation du polar jubilatoire de Santiago Gamboa, on croise un cadavre empalé, au milieu d’un terrain vague, qui suscite les convoitises ; une citation de Napoléon sur les relations hommes-femmes ; une enquête qui passe par un centre naturiste ; une jeune prostituée (« 23 ans pour la police, 16 pour les clients ») qui saigne un malfrat ; un militaire obsédé par le discours qu’il doit faire pour justifier une cure d’amaigrissement, etc.

De toute évidence, Sergio Cabrera aime jouer au plus malin, et son film, à trop vouloir multiplier les entrées, s’égare plus d’une fois. Mais Perdre... est aussi un thriller désabusé, qui cache derrière une intrigue opaque et des personnages parfois caricaturaux (à commencer par la figure centrale, un journaliste qui trimballe une allure lasse de privé anachronique), une bonne dose d’amertume. Car sous couvert de fiction, le message ne supporte aucune équivoque : la Colombie est un pays qui ne va pas bien, hanté par la corruption des élites, une santé économique précaire et la menace constante des narco-trafiquants ­ ici hors sujet et cependant mentionnés tels une évidence pandémique.

Par Gilles RENAULT, liberation.fr