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Brian Eno : Another Day on Earth

 
Brian Eno, depuis trente ans, transcende tous les genres musicaux pop, rock, ambient, glamrock, Muzak, musique minimaliste ou électronica. Son dernier album "Another Day on Earth" est emplis de sensuelle sérénité.
lundi 25 juillet 2005.
 
Another Day on Earth, Brian Eno. - 4.9 ko
Another Day on Earth, Brian Eno.

La réédition, en 2004, des quatre premiers albums solo de Brian Eno ­ - Here Come the Warm Jets, Taking Tiger Mountain (by Strategy), Another Green World, Before and After Science ­-, publiés dans les années 1970, a rappelé que ce théoricien de la musique populaire avait aussi écrit et chanté quelques-unes des mélodies les plus attachantes et influentes de l’histoire du rock. Sa prolifique carrière avait depuis quelque peu brouillé les pistes.

Chercheur à la pointe des musiques électroniques, concepteur de l’ambient (musique d’ambiance), producteur non conformiste capable de régénérer le répertoire de ses complices (David Bowie, Talking Heads, U2), créateur d’installations sonores et vidéo, ce futurologue revient aujourd’hui avec grâce à l’artisanat de la chanson dans Another Day On Earth, son nouvel opus.

On ne retrouve pas ici les sons pailletés et les vocaux provocateurs de ses tout premiers disques, quand l’ancien clavier de Roxy Music baignait encore dans le souvenir du glamrock. L’équilibre entre une texture synthétique pourvoyeuse d’ambiances éthérées et les structures plus dessinées des refrains s’approche plutôt de celui qu’Eno trouvait dans Before and After Science. En conciliant, à l’époque, émotion intimiste et machines innovantes, ce pionnier du sampling ouvrait la porte à tout un pan de la new wave du début des années 1980.

Le propos d’Another Day on Earth n’est sans doute pas de révolutionner les formes. L’audace ne s’y affiche pas avec ostentation, elle s’immisce plutôt dans une épure à dimension humaine. Quelques titres (A Long Way Down, Passing Over) planent dans l’impalpable, mais on est surtout frappé par la sensualité de chansons qui éloignent Eno de sa réputation cérébrale.

Si sa voix se pare parfois d’un léger trucage électronique, les mélodies délicates de Caught Between, How Many Worlds, And Then So Clear (digne d’un U2 en apesanteur), du panoramique Just Another Day ou de la majestueuse énumération de This sont surtout marquées par sa vieille passion pour le doo-wop et le gospel.

Cette façon de chanter, souvent proche de la prière, témoigne d’une quête de sérénité face aux turbulences et à la complexité d’un monde que cet "intellectuel du rock" cherche depuis toujours à appréhender. La réussite frémissante de ce disque démontre qu’il peut y parvenir autant avec son coeur qu’avec son cerveau.

Par Stéphane Davet, lemonde.fr