Portail de la Poésie et de la Culture
 
 

Arles : Festival des musiques du monde

 
Pour cette 10ème Editions des Suds à Arles, c’est une très forte communion musicale aux frontières éclatées qui a réunis tous les participants du Festival de musique du monde.
samedi 16 juillet 2005.
 
Ravi  et Anoushka Shankar étaient à Arles lors la cérémonie d’ouverture du Festival des musiques du monde. - 6.9 ko
Ravi et Anoushka Shankar étaient à Arles lors la cérémonie d’ouverture du Festival des musiques du monde.

Certains retiendront, de cette 10e édition des Suds à Arles, l’incident qui a failli annuler la soirée d’ouverture, le 10 juillet : les deux sitars du maître indien Ravi Shankar étaient inutilisables à la sortie de l’avion. D’autres se souviendront du choeur occitan Lo Cor de la Plana et du musicien poly-instrumentiste Abaji, investissant, le 11, comme terrain de jeu, le Museon Arlaten et le Musée de l’Arles et de la Provence antiques. D’autres encore du crooner éthiopien Mahmoud Ahmed et ses musiciens qui, après un concert rondement mené, se fondent dans la foule pour écouter le guitariste-chanteur malien Boubacar Traoré, le13.

Retenons des images, des anecdotes, des moments de musique, des sensations de poésie et d’utopie. Les Suds, "c’est des racines et des ailes. Tout est fondé sur la mémoire dans les musiques du monde" . Ce champ musical aux frontières éclatées, "c’est les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, comme le dit Mixel Etxekopar", commente Marie-José Justamond, directrice de cet événement arlésien qui tire son identité de son ancrage dans la ville.

TERRES DE FRONTIÈRES

Mixel Etxekopar ? Une sorte de Pierrot lunaire tombé d’une planète enchantée d’enfance, qui ne tutoie peut-être pas les étoiles dans son village du pays Basque, mais entretient avec les oiseaux un rapport privilégié. Dans la Cour de l’archevêché, le 13 juillet, le gaillard répond à ceux qui passent. En sifflant, comme un virtuose des cimes. Il joue aussi des flûtes, des sonnailles, celles que l’on accroche au cou des bêtes pendant la transhumance, un rituel nécessaire pour lui, petit-fils de berger et fils de paysan sédentaire. "Pendant la transhumance, on emprunte toujours le même chemin, mais il est à chaque fois nouveau. C’est ma conception de la tradition. Il faut inventer le chemin pour avancer."

Mixel Etxekopar se produit avec le pianiste et compositeur contemporain François Rossé. Cet ancien élève de Messiaen explique sa rencontre avec le Basque, l’envie de partager, leurs affinités, qui dépassent la musique. "Nous avons une certaine proximité malgré l’éloignement, explique François Rossé. Nous venons tous les deux de terres de frontières, de bilinguisme : lui, le pays Basque ; moi, l’Alsace. Les couchers de soleil, le bruit des animaux dans la forêt, l’odeur de la terre, le cycle des saisons nous ont nourris."

Etrange duo

Etonnant dialogue, surprenante fantaisie, que cette histoire ludique présentée à Arles. Un univers tressé de poésie et d’humour, une musicalité fine et sensible où résonnent en creux les échos d’une mémoire, du pays Basque, d’une terre inventée. "On ne sait jamais à l’avance ce que l’on va faire, où la musique va nous porter. Tout est improvisé" , confie François Rossé. Cela s’appelle faire acte de création et nécessite une grande qualité d’écoute.

"Pour comprendre, la première chose, c’est d’écouter", rappelle Mixel Etxekopar. Tous les artistes engagés dans la transmission d’une culture populaire connaissent les vertus de cette attitude. C’est le cas de la passionnante chanteuse italienne Lucilla Galeazzi, à Arles le 14 juillet, gratifiée après son concert d’une distinction de l’Académie Charles-Cros (Coups de coeur "Musiques du monde" 2005) pour son disque anthologique Stagioni (Buda Musique/Socadisc).

Les Suds à Arles. Jusqu’au 17 juillet.

Prochains spectacles : le 16 juillet, Warsaw Village Band (Pologne), Sameer Makhoul (Israël/Palestine), Fanfare Ciocarlia (Roumanie) ; le 17, à Salin-de-Giraud, Patric (Occitan ; église de Barcarin, 11 heures) puis tellinade, apéritif et paëlla devant les arènes avec Abrivado et Pena de Vallergue.

Par Patrick Labesse, lemonde.fr