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Crossing the Bridge, the Sound of Istanbul de Fatih Akin

 
Crossing the Bridge de Fatih Akin est un plongeon dans la vie musicale d’Istanbul, ville carrefour où se mêle l’Orient et l’Occident. Ce périple de Fatih Akin réunit passé, présent, et futur.
mercredi 13 juillet 2005.
 
Fatih Akin - 3.8 ko
Fatih Akin

Fatih Akin navigue depuis toujours entre deux cultures, entre l’Orient et l’Occident. Le réalisateur qui a remporté, en 2004, l’ours d’or à Berlin pour Head-on et qui fut membre du jury au dernier festival de Cannes, est né à Hambourg, de parents turcs. « Mes parents sont arrivés en Allemagne dans les années 60. Mon père était ouvrier dans une usine chimique, ma mère était professeur. » Avec Crossing the Bridge, Fatih Akin a voulu capter toute la diversité et la richesse de la scène musicale d’Istanbul.

« J’avais mille et une raisons de réaliser ce documentaire, explique le cinéaste. Elles étaient autant artistiques que politiques. Mes choix musicaux ont été guidés par les coïncidences et par mon instinct. »

Pour fil conducteur, Alexander Hacke, musicien allemand et preneur de son qui, tel un détective, est parti à la recherche de tous les courants musicaux de la ville. Au cours de son enquête, il en profite pour enregistrer les groupes underground tels que les psychédéliques Baba Zula, le chanteur hip-hop Ceza, le pionnier du rock turc Erkin Koray, la chanteuse de folk canadienne Brenna MacCrimmon qui interprète des musiques turques traditionnelles tombées dans l’oubli, le derviche Mercan Dede qui conjugue musique soufi traditionnelle et sons numériques ou les super-stars de la chanson telles que Sezen Aksu et Müzeyyen Senar.

« Sezen Aksu symbolise pour moi la voix d’Istanbul, confie Fatih Akin. Enfant, j’ai été bercé par ses chansons qui parlent de chagrin d’amour. Elle est toujours une grande figure charismatique. Je l’ai rencontrée pour la première fois à l’occasion du tournage. Depuis nous sommes devenus amis. J’ai même réalisé son nouveau clip. Quant à Müzyyen Senar, qui a aujourd’hui 86 ans, elle a débuté en 1933. Elle a connu Atatürk et la haute société du noble Beyoglu, à l’époque où il était encore le quartier français, dans les années 40. Sa musique de salon orientale classique a été évincée par la culture pop. »

Bien d’autres personnalités marquantes rythment ce passionnant Crossing the Bridge. La caméra de Fatih Akin se glisse dans un bain turc afin d’enregistrer la voix incomparable de la chanteuse et musicienne kurde Aynur. « Dans son enfance, la langue kurde était officiellement interdite et, au cours de leur assimilation sur les bords du Bosphore, beaucoup d’enfants d’émigrants ont oublié leur langue maternelle. Aynur peut enfin affirmer, en chanson, son identité culturelle. »

Fatih Akin, toujours dans un registre politique, évoque le cas d’Orhan Gencebay, l’Elvis de l’arabesk. « Il est le héros des chauffeurs de taxi, l’icône du peuple. Personne n’a développé l’arabesk de façon aussi intensive qu’Orhan Gencebay sur sa saz. Il a également été une star de cinéma en 1960. Des années plus tard, il a provoqué l’intervention des intellectuels conservateurs qui lui ont reproché de trahir leur héritage culturel. » En point d’orgue, s’inscrit Selim Sesler, un Tsigane originaire de Kesan, un clarinettiste virtuose. « Peu à peu les préjugés des Turcs contre les Tsiganes se sont estompés. Selim a été accepté par la bohème d’Istanbul puis dans les salons. »

Par E.F., lefigaro.fr