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Gilberto Gil, une « Marseillaise » à la Bastille

 
Gilberto Gil chantera une « Marseillaise » stylisée demain soir lors d’un grand concert gratuit à la Bastille. Lenine, Daniela Mercury, Gal Costa, Seu Jorge et Jorge Ben Jor seront présents ainsi qu’Henri Salvador qui sera le maître de cérémonie de cette soirée.
mardi 12 juillet 2005.
 
Pour marquer l’année du Brésil en France,  Gilberto Gil chantera une Marseillaise stylisée  à la Bastille. - 5.6 ko
Pour marquer l’année du Brésil en France, Gilberto Gil chantera une Marseillaise stylisée à la Bastille.

Une grande bâtisse blanche perchée sur une colline de Rio de Janeiro, à deux pas du jardin botanique et de Rocinha, la plus grande favela du Brésil. À peine remarque-t-on à l’entrée de la maison deux policiers en faction dont la présence rappelle que le maître des lieux est aussi ministre de la Culture.

C’est là, tout en haut d’un long escalier que Gilberto Gil a confortablement aménagé sa maison-studio baptisée Palco, avec salle de répétition, bureau, appartement, vaste terrasse, cuisine et restaurant. Une sorte d’auberge musicale réservée à tous les artistes de passage et dans laquelle règne une paisible atmosphère de travail, dominée par le ballet silencieux des employés du studio et des cuisinières qui veillent aux nourritures terrestres des convives.

Chemise blanche impeccable et pantalons noirs griffés Armani, longues tresses retenues par un catogan, Gilberto Gil répète tranquillement avec ses huit musiciens dans le cocon ouaté, boisé et climatisé du studio. Un combo dominé par deux alertes percussionnistes au milieu desquels se glissent le son rauque d’un accordéon, le souffle chaud d’un saxophone et les accents nerveux d’un violon.

On reconnaît au passage quelques mesures chaloupées du No woman no cry de Marley, suivies par un solide standard, Aquarela do Brasil, et une Marseillaise stylisée.

Petite précision de son interprète : « Cette dernière a sa place à la veille de la fête nationale à l’occasion de ce grand concert qui est un des temps forts de l’année du Brésil en France. L’idée de jouer les hymnes nationaux est de moi et j’y tiens beaucoup. Le président Lula sera là et nous chanterons aussi tous ensemble l’hymne brésilien, avant de terminer sur une de mes chansons, Aquele abraço. »

Ce seront les seuls titres « officiels » d’une soirée riche en surprises et en tonalités avec des personnalités aussi fortes que les bouillonnantes Bahianaises Daniela Mercury et Gal Costa, le Carioca Jorge Ben Jor, qui eut son heure de gloire avec le tube Pais tropical, les Nordestins Seu Jorge - révélé en France cette année - et Lenine, qui après avoir donné récemment au Zénith de Paris un concert avec l’orchestre national d’Ile-de-France et mille choristes, interprétera la musique officielle de l’Année du Brésil qu’il a composée...

Et pour marquer le lien indéfectible qui lie le Brésil et la France depuis plus de deux siècles, Gilberto Gil a tenu également à ce qu’Henri Salvador soit « le maître de cérémonie de cette soirée. Pour nous, ajoute-t-il, il est le symbole d’une chanson française de qualité, celle des Brel, Bécaud, Brassens, Ferré, Montand et Barouh que nous avons découverte dans les années 60/70, à l’époque du Tropicalisme. Salvador a joué quelque temps au Brésil et il a largement popularisé la bossa nova. Je crois qu’il est très brésilien dans son coeur. »

Salvador ouvrira donc ce concert de près de quatre heures en chantant son Jardin d’hiver et appellera ensuite tous les artistes à le rejoindre sur scène. Gilberto Gil prendra le relais avant de le passer à Lenine qui le passera à Seu Jorge qui, lui-même, le passera à Jorge Ben Jor.

Au fil de ce chassé-croisé, suivront Gal Costa pour quatre chansons et Daniela Mercury qui chantera en compagnie du superbe groupe de percussions de Bahia, Ilê Ayiê.

Même s’il manque quelques autres représentants de la MPB, la musique populaire brésilienne, comme Caetano Veloso, Martinho da Vila, Chico Buarque ou Maria Bethania, ce concert est, selon Gilberto Gil qui parle à la fois comme artiste et ministre de la Culture, « une bonne opportunité de montrer toute la richesse du répertoire brésilien. Et pour moi, c’est une façon de me mettre en vacances du ministère et de retourner à ma vraie passion ».

Clin d’oeil amusé de son agent et ange gardien, l’omniprésente Meny Lopez qui veille soigneusement aux récréations de son ministre-musicien : « Pas facile de concilier les deux activités. Mais quand on connaît le salaire d’un ministre au Brésil, il faut bien que Gilberto donne des concerts pour se rattraper et boucler son année. »

Par Jean-Luc Wachthausen, lefigaro.fr