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Aime-moi, por favor ! Lucía Etxebarria

 
Dans Aime-moi, por favor !, Lucía Etxebarria à travers quinze nouvelles, drôles, crues et tragiques, nous fait méditer sur l’amour au féminin.
lundi 11 juillet 2005.
 
Aime-moi, por favor ! Lucía Etxebarria - 5 ko
Aime-moi, por favor ! Lucía Etxebarria

Faut-il l’entendre comme une supplication, un rire quasi désespéré, un acte d’accusation ? Le titre du dernier livre de Lucia Etxebarria, Aime-moi, por favor !, est tout cela. Un cri. Et une sorte de méditation sur l’amour, vu côté femmes. Quinze nouvelles drôles, crues, tragiques. Des histoires de femmes mal aimées, voire pas aimées du tout. Des filles « bien gentilles », comme on dit de celles qui, ni jolies ni brillantes, passent entre de nombreuses mains, « comme une marchandise en solde ou d’occasion ». Une prostituée, aussi, qui craint que, demain, « sa fille se rende compte » et dont le récit offre, notammentw, des informations sur les comportements de ses collègues étrangères. D’autres qui apparemment ont réussi, apparemment seulement.

Une Sahraouie, enfin, qui souligne : « Quiconque veut comprendre mon histoire doit d’abord comprendre l’histoire de mon peuple. » Son histoire ? Enfance et adolescence à Cuba « pour étudier ce qu’on ne pouvait pas étudier ici » et, au retour, un mariage forcé avec un homme choisi par ses parents - la redécouverte de la condition de bien des musulmanes. « Mais les femmes ne luttent même pas, elles ne veulent pas changer les choses. »

Dans une postface, l’auteure explique que toutes ces nouvelles sont inspirées de faits réels, ce qui ne signifie pas que ce sont toutes des histoires vraies, mais « des interprétations littéraires de la réalité ». Et elle explique que « les hommes qui n’ont le beau rôle dans aucune de ces histoires (quelques femmes aussi) ne sont pas caricaturés », qu’il s’agit « de portraits ». Elle cite même des statistiques - cruelles - sur les misères sexuelles des femmes, à commencer par « l’abus sexuel de mineures ».

Les lecteurs qui ont appris à connaître Lucia Etxebarria en lisant Amour, Prozac et autres curiosités ou Beatriz et les corps célestes ne doivent pas s’inquiéter. La romancière n’a, racontant ces histoires « presque » vraies, rien perdu de sa verve, de son humour violent, de sa chaleur. Elle prouve, si c’est nécessaire, que l’on peut encore militer, défendre une cause et donner du plaisir au lecteur. En outre, elle est bien traduite.

Par Jacques Duquesne, l’express.fr