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Serge Raffy, La Piste andalouse

 
Un homme prend la place d’un suicidé, poète et espion. La Piste andalouse, de Serge Raffy, est parsemée de secrets
lundi 11 juillet 2005.
 
Serge Raffy, La Piste andalouse - 2.4 ko
Serge Raffy, La Piste andalouse

Un banc inondé de soleil au cimetière du Montparnasse, à Paris... Le temps semble arrêté. Soudain, un homme au regard dément, un coup de feu. Jérôme Sergent écarquille les yeux : un individu vient de se suicider devant lui. Sans réfléchir, il s’empare de l’enveloppe kraft que portait l’homme et s’enfuit, abandonnant le cadavre. Il y découvre des poèmes. A mesure qu’il les lit, l’âme de l’auteur s’immisce en lui, jusqu’à s’emparer entièrement de son corps, puisqu’elle vient de se priver du sien. Lorsque Jérôme Sergent s’accuse du meurtre, n’est-ce pas en réalité l’esprit du défunt, Dimitri Bernès, qui se proclame coupable d’un crime contre lui-même ?

En prison, comme poussé par une force intérieure, Jérôme se lance dans une enquête sur Dimitri. Il le découvre agent double. La Piste andalouse, au-delà du roman d’espionnage, est une interrogation et une enquête sur l’être et son identité, toujours trouble. On croit que Dimitri travaille dans un laboratoire pharmaceutique ; en réalité, il est agent secret. Cependant, cela ne suffit pas encore à le définir : du fond de son cœur, il se sait poète. Pour la femme qu’il aime, Clara, il est encore autre chose, la réincarnation de l’infant don Luis, tel qu’il fut peint par Goya. Enfin, à sa mort, sans doute pour avoir envers lui-même la distance qui permet de se connaître, Dimitri a voulu devenir un autre : il s’est emparé du corps de Jérôme Sergent.

Qui lira ce livre au premier degré y verra un polar. Il est d’ailleurs naturel que Serge Raffy, grand reporter au Nouvel Observateur, auteur de biographies de Lionel Jospin et de Fidel Castro, mais aussi de poèmes, ait choisi ce genre pour une première fiction - qui vient d’obtenir le prix du Livre Europe 1. Mais Jérôme-Dimitri, avant de nous livrer ses poèmes, brouille les pistes : « Certains y chercheront la clef d’une énigme, d’autres d’une histoire d’amour. D’autres encore n’y verront rien. Ceux-là, au moins, sont sûrs de ne pas se perdre. » Le texte est donc poly-sémique. C’est une richesse, mais peut-être, aussi, une faiblesse : l’auteur, en jouant à la fois sur les registres poétique et populaire, finit par égarer le lecteur. A moins que l’âme de Dimitri, par ce livre, ne s’insinue en lui

Par Marie Zawisza, l’express.fr