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Amour, ta blessure dans mes veines de Roumi

 
Roumi est un célèbre écrivain et poète persan du XIIIe siècle. Il devint un très grand poète soufi et fut l’inventeur des derviches tourneurs. Il est l’auteur de plus de cinquante mille vers qui chantent l’amour, la séparation, la cruauté de la rupture. Sa poésie est portée par l’ivresse de tous les sens, incandescente.
dimanche 10 juillet 2005.
 
Amour, ta blessure dans mes veines de Roumi - 6 ko
Amour, ta blessure dans mes veines de Roumi

« Ô toi le cœur égaré, viens !
Ô toi le foie déchiré, viens !
Si le chemin de porte est fermé
Prends le chemin du mur et viens ! »

Ainsi s’achève Entre dans le cercle, long poème d’amour de Djalal al-din Roumi.

Poète persan né en 1207, mort à l’âge de soixante-six ans, en Anatolie, au terme d’une vie digne d’un roman (cf. Roumi le brûlé), Roumi est vénéré, aujourd’hui encore, à l’égal d’un saint. Qui fut-il ? Le fils d’un grand philosophe iranien. Un prophète qui tenta de relier la terre au ciel en pratiquant les danses des derviches tourneurs. Un amoureux. Un mystique.

Considéré comme l’un des auteurs majeurs de la littérature mystique, l’auteur du fameux Masnavi de 26 000 distiques chante l’amour dans un style d’une maigreur extrême, une ligne claire aussi précise que le trait du graveur ou la courbe des calligraphies qui accompagnent l’édition de ces poèmes.

Son matériau ? L’homme, le monde, le temps :

« Toi notre lune sur la terre
Notre aube au milieu de la nuit
Notre bouclier dans le danger
Mon nuage à la pluie sucrée.
Ô ciel, sans moi ne tourne pas,
Lune, sans moi ne brille pas ;
Terre, sans moi ne grandis pas,
Ô toi, temps, ne va pas sans moi.
Les autres t’appellent l’amour
Et moi le sultan de l’amour
Plus haut que cette illusion-ci
Et ça, toi ne va pas sans moi. »

Qui est ce « toi » qui ne va pas sans « moi » ? La réponse se trouve dans la vie même de Roumi, esprit libre qui n’hésita pas, à l’âge de quarante ans, à jeter par-dessus bord et la philosophie, et la théologie, pour suivre un obscur derviche tourneur dans sa quête extatique. La rencontre eut lieu en 1244.

Considérée comme un événement majeur de l’histoire de la poésie persane, elle prend la forme d’une révélation : celle qui toucha ce jeune et célèbre académicien au point de tout laisser pour embrasser une autre vie auprès de Shams de Tabriz et affronter le scandale. Scandale d’une famille abandonnée, scandale d’un amour exclusif qui prendra fin avec le départ de l’homme aimé et donnera naissance à quelques-unes des plus belles pages de la poésie universelle.

Par Laurence Liban, lire.fr