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Spinoza avait raison d’Antonio R. Damasio

 
Antonio Damasio, neurobiologiste, dans "Spinoza avait raison" étudie le fonctionnement du cerveau lié aux sentiments.
vendredi 8 juillet 2005.
 
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Spinoza avait raison d’Antonio R. Damasio

72 Paviljoensgracht à La Haye (Pays-Bas). C’est l’adresse de la Spinozahuis, une petite maison habitée par le philosophe juif hollandais Baruch Spinoza, jusqu’à sa mort en 1677. Le neurobiologiste Antonio Damasio s’y rend en pèlerinage, reconnaissant à ce philosophe dont les écrits le hantent d’avoir tant insisté sur les liens entre la matière et l’esprit, à une époque où Descartes proclamait la séparation entre le corps et l’âme. Depuis plus de vingt ans, Damasio cherche, dans les circonvolutions du cerveau, la source des émotions. Installé avec sa femme Hannah, neurobiologiste elle aussi, dans l’Iowa, au cœur de l’Amérique, il se sert de tout ce que la technologie moderne peut offrir comme moyens d’observation - scanners, caméras à positrons et autres sondeurs sophistiqués - pour voir comment les maladies cérébrales et les accidents affectent l’être tout entier. Sur ce thème, il a notamment publié L’erreur de Descartes et Le sentiment même de soi. Cette fois-ci, Damasio s’éloigne un peu de la neurobiologie pure et dure pour s’attaquer au grand thème de la réconciliation entre le corps et l’esprit, aux liens entre la mécanique physiologique et l’éthique.

Avant, la biologie de la pensée était un sujet tabou. Et d’abord, comment la reconnaître, la mesurer ? La découverte des réseaux neuronaux, le perfectionnement des appareils qui enregistrent les pulsations, les flux, les ondes, les modifications chimiques ou hormonales et les impulsions électriques ouvrent de nouvelles voies aux chercheurs. Les animaux peuvent éprouver des émotions comme la peur, le contentement, la surprise, le dégoût. Mais les humains vont plus loin. Grâce aux sentiments, ils reconnaissent l’origine de leurs troubles et la transformation corporelle qui en résulte. L’être qui éprouve ces sentiments peut les mettre en mémoire, échapper à la tyrannie des automatismes, acquérir une certaine aptitude à distinguer le bon du mauvais. Tout cela parce qu’il existe, dans le cerveau, une cartographie très exacte du corps. Pour le démontrer, le savant s’appuie souvent sur des accidents qui sont autant de tragédies du comportement. Comme la malchance de Phineas Gage, dont le cerveau est traversé par une barre de fer. Il en réchappe, mais perd le sens de la mesure et meurt. Ou le cas de la jeune fille, victime d’un accident de circulation, devenue incapable d’empathie envers les autres. Ou encore le drame d’Elliott, opéré du cerveau, qui retrouve toutes ses facultés sauf celle d’organiser son temps. Des histoires vraies qui auraient passionné Spinoza, pour qui le corps et l’esprit ne sont que les attributs de la même substance.

Par Françoise Monier, lire.fr