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Martinho Da Vila, le beau B.A.-BA de la samba

 
Il y a quelques années, en vaporisant son intérieur d’un spray antiodeurs, Nana Mouskouri fredonnait : « Quand tu chantes, quand tu chantes, tu ne sais pas pourquoi... » Cet air entêtant est une samba écrite et chantée à l’origine par Martinho Da Vila, Canta Canta minha gente (« Chante, chante, mon peuple »).
jeudi 7 juillet 2005.
 
Martinho Da Vila, - 6 ko
Martinho Da Vila,

« Je n’ai jamais touché 1 centime pour cette pub », confie Martinho Da Vila. Il n’en conçoit d’ailleurs aucune acrimonie : « A l’époque où je l’ai composée, il n’y avait pas de convention entre la Sacem et la société des auteurs brésilienne, les droits n’étaient pas versés. » Sur son dernier CD, Martinho chante un beau duo bilingue avec la diva grecque à lunettes : Un jour tu verras, de Mouloudji.

Afro-Amérique. A 67 ans (il en fait vingt de moins), Martinho Da Vila est à l’Olympia pour un unique concert, où les hasards de la programmation le placent entre Isaac Hayes et Al Green. A la place qu’il mérite sans doute, parmi les grands artistes de l’Afro-Amérique. Son surnom vient de « Vila Isabel », quartier de Rio connu pour son école de samba. Dont Martinho est le président d’honneur après lui avoir composé plusieurs sambas enredo (la chanson qui donne son thème au défilé).

Né en 1938 d’une mère qui aura cinq enfants vivants en onze accouchements, il vit les privations d’un foyer pauvre sans chef de famille (son père meurt quand il a 10 ans) et, à l’adolescence, s’enrôle dans l’armée, où il parvient au grade de sergent. Déjà trentenaire, la victoire dans un concours de samba lui permet de quitter l’uniforme et de se consacrer à la musique. En bon sambista, Martinho Da Vila traduit dans sa musique tous les événements de sa vie. Il a même salué en chanson les premières règles de sa fille Juliana : « Comme c’est beau, elle a ovulé, et chaque mois, c’est Salgueiro dans l’avenue », dit la samba Salgueiro na Avenida. Explication, dans un grand éclat de rire : « Salgueiro est une école de samba qui défile en rouge ! Je me demande si quelqu’un dans le monde a déjà fait une chanson sur ce thème... »

Martinho fut parmi les premiers à se rendre en Afrique pour renouer des liens avec le continent d’origine de la majorité des Brésiliens. « L’Angola, confie-t-il, est ma deuxième patrie. Mon premier voyage remonte à 1970, sous l’occupation portugaise. J’ai chanté à Luanda le jour de la fête nationale du Brésil, et prononcé quelques mots pour célébrer l’indépendance de mon pays. Silence dans la foule... puis quelques applaudissements, qui grandissent peu à peu jusqu’à devenir une clameur. J’ignorais que le mot « indépendance » était tabou ! Les premiers à applaudir ont eu des ennuis avec la Pide, la police politique. »

Bonhommie. En pleine dictature, alors que nombre d’artistes sont persécutés, il parvient à diffuser à la radio « Chante, chante, mon peuple/ laisse la tristesse de côté, la vie sera belle un jour... », les chanteurs étant pourtant obligés de soumettre leurs textes à un censeur galonné. « J’arrivais avec mon grand sourire, ma bonhomie et ça passait. Etre un ancien militaire jouait aussi en ma faveur », révèle-t-il aujourd’hui.

Etre ancré dans le coeur des pauvres et la mémoire collective ne l’empêche pas d’être féru d’art et de poésie, auteur de livres et militant de gauche. Ce qui le rend unique et indispensable. Quand il chante, quand il chante, Martinho sait très bien pourquoi.

Par François-Xavier GOMEZ, liberation.fr