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Le passage extérieur de Kenneth White

 
Kenneth White, poète de langue anglaise installé en Bretagne depuis plusieurs années est l’auteur de nombreux essais, récits et recueils poétiques dont, au Mercure de France, Mahamudra, Les rives du silence , et Le passage extérieur.
vendredi 8 juillet 2005.
 
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Le passage extérieur de Kenneth White

Inventeur du concept de géopoétique et fondateur de l’institut du même nom, Kenneth White, 69 ans, est à proprement parler un étonnant voyageur. Eternellement campé sur quelque finistère d’Ecosse, sa terre d’enfance, de Bretagne, sa terre d’adoption, ou d’un rivage lointain, il n’en finit pas de scruter le « Passage extérieur » par lequel atteindre une perception du monde plus aiguë, plus simple, plus haute. Ce passage, qui est aussi un art poétique, ne se paie ni de mots, ni d’envolées lyriques. Car il suffit de nommer les choses pour qu’elles soient, les nommer de leur nom majuscule, ce nom qui les désigne et leur donne place dans le cosmos. Ainsi, roches, vents, pluies, aurores, oiseaux, caps et bonnes espérances affirment, et plus encore proclament, par leur caractère unique, l’existence, en ce qu’elle a de plus irréductible et de plus primitif.

Composé de plusieurs « livres » - dont « Eloge de l’isolement » qui rameute les ombres du passé, poètes, navigateurs ou savants de jadis et d’ailleurs, plus proches que les vivants - le recueil donne à voir le vaste monde avec humour, précision, avec un goût toujours réjouissant du suspense et de l’ellipse. White ne saurait être poète sans être météorologue chroniqueur des vents et marées, géologue, bien sûr, ornithologue comme son cher Henry Thoreau, géographe et cartographe, érudit tenant sa place dans une généalogie d’hommes d’Orient et d’Occident, qui mirent au jour la création depuis les premiers chants d’Orphée. Ainsi parvient-il à « sortir de la poésie personnelle sans se perdre dans une poésie sociale, sans se figer dans une poésie trop pure ». Ce qu’il appelle l’ « océanisation de l’être » et la disparition de l’identité personnelle. Loin d’être déshumanisée, l’œuvre innombrable de ce poète témoigne profondément de l’homme, avec tendresse, avec rigueur.

Par Laurence Liban, lire.fr