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« Lula, la gestion de l’espoir » de Gonzalo Arijon

 
Lula, le président brésilien peine à réaliser la réforme promise aux sans-terres.
mardi 5 juillet 2005.
 
Ignazio
Ignazio "Lula" da Silva peine à réaliser la réforme promise aux sans-terres.

Il y a la lumière et les couleurs, il y a la terre assoiffée et les villes surpeuplées, la musique bien sûr, mais surtout il y a les Brésiliens. Hommes, femmes, enfants... Les visages et les regards captés par Gonzalo Arijon disent tout ou presque sur les craintes, les attentes, les espoirs et peut-être plus encore : la peur de la déception. « Parfois, l’espoir, vous y croyez tellement que vous cessez d’être lucide », dit Chico Whitaker, cofondateur du Forum social mondial, en évoquant l’enthousiasme fou qui, un jour de 2003, a porté Lula, l’enfant pauvre du Nordeste, le métallo des banlieues, à la tête du Brésil, un pays « champion du monde de football et champion du monde des inégalités sociales ». Deux ans et demi plus tard, l’espoir est toujours là, certes, mais les Brésiliens semblent y croire si peu qu’ils ont retrouvé leur lucidité.

« Le Président, c’est nous, les pauvres, qui l’avons mis au pouvoir pour voir si, au Brésil, l’espoir est possible, raconte un chômeur, père de sept enfants. Je reçois l’aide "faim zéro" (instaurée par Lula, ndlr), de quoi acheter du lait pour ma fille et des vêtements pour les gamins. Au lieu de tout ça, Lula pourrait faire en sorte qu’on donne des cours aux gens qui ne savent ni lire, ni écrire ; qu’ils ne passent pas leur vie à attendre les allocations. » Rassemblements populaires de Porto Alegre, réunions politiques de Brasília, plages de Rio, étendues arides du Nordeste, usines géantes de São Paulo... Comme dans un road movie, Arijon a baladé caméras et micros partout où Lula a laissé sa trace, partout où il a semé de l’espoir, partout où germe le doute. « On a voté Lula, mais on ne lui a pas donné le pouvoir, explique un de ses partisans. Il a gagné les élections mais il n’a pas eu l’Assemblée. Il a dû passer des alliances, ce qui entrave son action. Et il n’a pas le soutien des propriétaires terriens. »

La terre, c’est là où le bât blesse. « La mesure à prendre, c’est la réforme agraire. Avec elle, de nombreux problèmes seraient résolus. Il y aurait retour à la terre des gens chassés par les grandes plantations. Et il y aurait une classe moyenne basse, explique Chico Whitaker. Mais l’Assemblée bloque tout. » Et Lula doit composer, « allumer en même temps un cierge au diable et un autre au bon Dieu », ironise un propriétaire terrien. Le soutien populaire dont le président brésilien dispose encore risque-t-il de s’effondrer ? « Il n’a fait que gagner une élection, il n’a pas fait une révolution. Or les gens attendent de lui les résultats de quelqu’un qui a fait une révolution ! », tempère un de ses ex-conseillers. Pour maintenir l’espoir, Lula a encore son talent de tribun. Ainsi, cette harangue devant une foule qui laisse pointer un début de grogne : « Je suis du Pernambouc, une région très pauvre. Et un Pernamboucain qui ne meurt pas avant l’âge de 5 ans est déjà un battant infatigable ! » Applaudissements.

Par Alexandra SCHWARTZBROD, liberation.fr