Portail de la Poésie et de la Culture
 
 

Scènes d’enfants de Normand Chaurette

 
Né en 1954 à Montréal, Normand Chaurette est l’auteur d’une douzaine de pièces de théâtre, dont plusieurs ont été jouées en France, au Festival d’Avignon ou à la Comédie-Française : Les Reines, Le Passage de l’Indiana, Le Petit Köchel ... Scènes d’enfants est l’un de ses trois romans, paru au Québec en 1988.
vendredi 1er juillet 2005.
 
Scènes d’enfants de Normand Chaurette - 4 ko
Scènes d’enfants de Normand Chaurette

Le titre Le Petit Köchel était un écho à la classification des oeuvres de Mozart, et ses héroïnes étaient des pianistes obsessionnelles. Scènes d’enfants fait référence à une oeuvre de Robert Schumann, dont il se dégage, écrit Normand Chaurette dans les premières lignes du roman, "une impression de tempête qui alerte les fous". Hommage à la musique, le livre est aussi un clin d’oeil au théâtre, puisque le narrateur, Mark, est un dramaturge qui décide de se servir de son art pour démêler un imbroglio familial.

Grand lecteur de Shakespeare, dont il a traduit plusieurs pièces en français, Normand Chaurette s’amuse avec les stratagèmes de l’auteur d’Hamlet : comme lui, il introduit une scène de théâtre dans l’oeuvre, pour que ce jeu contraigne les personnages à dévoiler leur cruauté.

Ces diverses références sont maniées avec le sourire : Scènes d’enfants est un roman quasi policier, qui comporte ce qu’il faut de suspense, de mort, d’enfant cannibalisé par des grands-parents criminels. Ces thèmes morbides sont traités sur un mode allègre, où le jeu dans le jeu ­ la pièce de théâtre dans le roman ­ libère une énergie bien vivante.

SECRETS DE FAMILLE

Mark vient de perdre la femme avec laquelle il vivait depuis six ans. Vanessa est morte en emportant de lourds secrets de famille. Ses parents ont obtenu la garde de l’enfant de Vanessa et Mark, au motif qu’un artiste ne peut être un bon père. Pour reprendre sa fille, Mark écrit une pièce de théâtre qu’il compte jouer devant ses beaux-parents afin de les confondre.

Comme souvent chez Normand Chaurette, les personnages féminins se taillent les premiers rôles. La comédienne enrôlée par Mark, l’alter ego de l’auteur, lui reproche d’ailleurs de ne pas savoir camper ses personnages masculins. Si les comédiennes sont décrites avec une pointe d’ironie, Vanessa est une héroïne à la Virginia Woolf, hantée par la folie, à laquelle elle finit par succomber. "L’impression d’énorme solitude qui se dégageait de son regard me plongeait moi-même dans un sentiment de détresse", fait dire l’auteur à Mark. "J’en venais à me dire qu’il n’existait pas de plus grand courage que celui d’être fou."

Source : lemonde.fr