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Sting : Sacred Love

 
Sting, plus engagé que jamais, revient avec Sacred Love.
jeudi 25 septembre 2003.
 
Sting : Sacred Love - 5.5 ko
Sting : Sacred Love

Pourquoi ce titre, Sacred Love ?

Ce sont deux mots dévalués que beaucoup séparent à tort. Pour moi, la spiritualité, l’amour et l’énergie sexuelle sont liés. Je n’ai pas d’autre religion que la musique, le sexe, l’art, tous ces longs voyages mystérieux et infinis. Cet album essaie de redéfinir l’amour de plusieurs manières ; certaines vont paraître étran-ges parce que je décris un sentiment violent, destructeur. L’amour fait peur. Il est plus facile de déclarer la guerre.

Particulièrement en ces périodes de crise ?

Je vote pour l’amour. C’est une pensée simple, idéaliste et romantique, mais elle fonctionne. L’homme doit s’élever au-dessus des maladies, du cancer, du sang, des balles, des bombes. Par sa façon de penser, d’agir, de percevoir l’autre, il fait un pas pour l’avenir. Si on se laisse piéger par le passé, la culpabilité, la récrimination, autant arrêter. Regardez ces conflits qui s’enlisent en Israël et en Irak...

« Je suis un artiste, pas un journaliste.Je dois rester dans l’imaginaire »

Que vous êtes-vous dit au lendemain du 11 septembre 2001 ?

Je me suis assis seul dans un coin pour me demander à quoi je pouvais bien servir. Je ne suis qu’un auteur de chansons, donc quelqu’un d’inutile. Quel est mon but ? Je n’ai pas encore trouvé la réponse. En revanche, je sais de quoi parler : d’amour, donc. C’est mon job. Ce disque est honnête, c’est une illustration de tout ce à quoi je crois.

Avez-vous écrit dans l’urgence ?

Oui, écrit et même chanté vite, ce qui n’est pas dans mes habitudes - je suis un gars cool ! Tout a jailli pendant les préparatifs de l’invasion de l’Irak... J’étais pétri d’angoisse et de colère. L’époque m’a renvoyé à 1939, sauf que ce siècle est plus radical, complexe et incontrôlable. Tous les problèmes de notre temps sont vraiment inclus dans Sacred Love.

This War met même en scène George Bush. Pourquoi ?

Ce n’est pas lui, mais libre à vous de l’interpréter ainsi. Bush n’est qu’un président... Je fais référence à tous ceux qui font du profit grâce à la guerre et sont agités par des pulsions de destruction.

Vous affirmez : « Vous gagnerez peut-être cette bataille, mais tolérerez-vous la paix ? »

Dite ainsi, la phrase a l’air assez prophétique. On ne peut pas trouver des solutions simples à des problèmes compliqués. Comme marcher sur l’Irak et penser que ce pays deviendra immédiatement une démocratie. Quelle est l’issue ? Je ne sais pas [en français]. Peut-être allez-vous nous sauver !...

La guerre est toujours présente dans vos titres, mais à travers les batailles du cœur. Pourquoi utilisez-vous tant de métaphores ?

Je suis un artiste, pas un journaliste. Je dois rester dans l’imaginaire. Cela me permet d’écrire des textes à deux niveaux : l’un personnel, l’autre plus universel, bien que l’amour puisse avoir une dimension politique. Je suis persuadé que le monde se nourrit davantage des actes de chacun que des grandes idéologies.

Vos textes opposent sans cesse deux idées : guerre et paix, intérieur et extérieur, présent et futur, yin et yang. Quelle est votre philosophie de la vie ?

Comment la nommer ? Peut-être la curiosité...

La mode est aux autobiographies. Celle de David Beckham cartonne en Angleterre. La vôtre, Broken Music, paraît en novembre.

Beckham, lui, ne l’a pas écrite. Moi, oui. Et d’une manière compulsive. Des tas de livres mensongers sortaient sur moi. J’en avais marre. Là, j’apporte ma propre vérité et raconte les vingt-cinq premières années de ma vie. Raviver des souvenirs m’a aidé à comprendre mes nombreuses contradictions. Je suis millionnaire et socialiste, écolo et ex-abonné au Concorde, fidèle à ma femme et partisan de l’amour libre...

Hier, la rappeuse Sté et Cheb Mami étaient vos invités. Aujourd’hui, ce sont les Chœurs de Radio France. Que vous apporte la France ?

Une inspiration, un exotisme, une culture latine, des traditions romantiques, et aussi le fait de pouvoir rentrer chez moi le soir en train. J’ai une sensibilité d’Anglais, mais je ne suis pas rigide, je me sens très européen.

Parlez-nous de Whenever I Say Your Name, ce duo avec Mary J. Blige, l’héritière d’Aretha Franklin...

Elle a une voix fantastique. C’était la chanteuse idéale, car elle vient du gospel et la chanson parle de l’être aimé comme d’un dieu.

Le poète Keats vous avait déjà inspiré La Belle Dame sans regrets. Cette fois-ci, Shakespeare rejoint Sting dans Like a Beautiful Smile.

La littérature est bien pratique : on peut piocher dedans, sortir des vers du contexte, changer le sens. Même les Anglais ne comprennent pas Shakespeare, mais la musique des mots parle toute seule. Utiliser Shakespeare dans le langage courant est aussi un trait d’humour, comme s’amuser avec le free jazz des années 1970.

Un trait d’humour ?

J’en ai beaucoup, mais personne ne le croit. Ou alors, c’est de l’ironie. Je dois être trop intelligent. Mea culpa.

Par Gilles Médioni, lexpress.fr