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Marc Lavoine : L’heure d’été

 
Il a des yeux de velours plus que "revolver" et vient de passer à L’heure d’été, son neuvième album studio. Avec son élégance naturelle, sa voix grave et sensuelle, Marc Lavoine joue une fois de plus les romantiques. Et, ça lui va bien. Quatre ans après le succès de son album éponyme vendu à 700.000 exemplaires, l’ex-chanteur à midinettes s’est imposé comme l’une des valeurs sûres de la chanson française, crédible aux yeux du métier : parolier sensible, bon musicien et vrai chanteur.
jeudi 30 juin 2005.
 
Marc Lavoine - 3.7 ko
Marc Lavoine

Avec un style novateur et de nouveaux horizons musicaux, celui qui chantait C’est ça la France impulse un nouveau rythme à ses chansons, entre variété classe et pop d’auteur. Entraîné par la techno ou bercé par l’acoustique, l’artiste signe un album électro-pop volatil et léger, conçu comme une petite comédie sentimentale sur des sons électroniques ou vintage et des guitares nerveuses enregistrées à l’Abbey Road Studio.

Côté textes, il flirte avec l’amour pour sa femme, les souvenirs d’enfance et le temps qui passe, au fil de textes inventaires, tendres et poétiques. Car, pour chanter sa douce Mélancolie, il a le goût du texte et un sens inné du phrasé avec sa voix de basse parfaitement placée : "Depuis longtemps que tu me suis/ Adolescent pour la vie/ Un mange-disque, Patty Smith/ 10 cc, Brian Ferry/ Le muguet, le Parti/ La banlieue, les spaghettis". Dans ce titre, il empile les motifs des années 70, son époque préférée faite de sentiments de tristesse et de souvenirs heureux à jamais révolus : son père militant communiste et la fête de l’Huma, le foot et les boums avec de superbes fiancées... Avec ses boîtes à rythmes millésimées et ses synthés acides, cette Heure d’été a la couleur de ses débuts et des années 70 et 80, ses deux périodes préférées sources d’inspiration : "Les chansons qui sont un peu vintage, à la Neil Young, Bob Dylan ou Leonard Cohen, ou encore à la manière de l’album qu’a enregistré Gainsbourg en 1973(...) Le reste de l’album est plus techno : je voulais parler musicalement des années quatre-vingt, de l’explosion de Taxi Girl, OMD, Depeche Mode, New Order", confie-t-il à La Libre Belgique (24/05/05). Pour lui, Daniel Darc, a d’ailleurs composé Ne m’en veux pas de t’en vouloir sur une musique de Frédéric Lo.

Après les célèbres duos avec Catherine Ringer, Christina Marocco ou Claire Keim qui font de lui, un gentleman sensible au coeur battant, c’est au tour de la jeune chanteuse vietnamienne Quynh Anh de lui prêter sa voix dans J’espère, un duo aux allures d’un road movie sentimental. Car, L’heure d’été, c’est surtout l’heure d’aimer. Infatigable séducteur, le chanteur célèbre les déclarations ensoleillées, les filles qui vous traversent comme un Midnight Express, la timidité des premiers regards, mais aussi les fins d’histoires, l’amour qui souffre et qui nous échappe. Terrible et magnifique à la fois. Pour ce grand sentimental mélancolique taraudé par l’idée sombre de la mort, seules les chansons d’amour restent au final. Alors, il dédie une chanson à sa femme, un J’ai oublié de te dire, qui parle des petits mots de tous les jours, souvent ridicules à dire. "J’avais envie de le dire à la femme que j’aime, parce que je ne parle pas beaucoup. Je remplis beaucoup d’espace, avec beaucoup de mots, mais sans livrer grand-chose. Je pense qu’une femme peut souffrir de cela", confit-il aux journalistes lors d’une conférence de presse en mai dernier à Bruxelles. Touchant et assurément émouvant...

Avec la même verve poétique, il rend aussi hommage à Alain Souchon, dans On est passé à l’heure d’été. "Au milieu de la foule sentimentale des gens", il se fait le spectateur nostalgique des "Barbes à papa Baisers sucrés/ une paille pour deux/ les amoureux/ Pepsi collés".

Tandis que dans le synthétique Vogue le magazine, il joue la légèreté en citant des couturiers et les marques de fringues les plus branchées. Pour lui, la musique, c’est aussi un collage, une déclinaison ludique de noms et de références qui créent des effets : "C’est pas pour Calvin, ça n’est pas pour Klein/(...) C’est pas pour Slimane, ni pour Chanel / (...) C’est pour la fille à l’intérieur... ". Une manière d’utiliser des logos à la Warhol, façon Marc Lavoine. Drôle et ingénieux. Cherchant toujours à surprendre, dans Je me sens si seul, il évoque sur des rythmes électro, ses coups de cafard, la solitude comme phénomène de société, les ecstasys, les antidépresseurs, une société qui pour lui n’est pas prête à nous prendre par la main. Provocateur et militant dans la discrétion. Inclassable, décidément Marc Lavoine. Mais, efficace et séduisant.

Par Audrey Levy, rfi.fr

Marc Lavoine L’heure d’été (Mercury/Universal) 2005