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Vol Whisky Romeo Zulu d’Enrique Pineyro

 
Présenté dans de nombreux festivals, Vol Whisky Romeo Zulu d’Enrique Pineyro a décroché en 2004 le Soleil d’or, la principale récompense du Festival des cinémas et cultures d’Amérique latine de Biarritz, ainsi que le Prix du public au Festival du cinéma indépendant de Buenos Aires.
mercredi 29 juin 2005.
 
Vol Whisky Romeo Zulu d’Enrique Pineyro - 4.4 ko
Vol Whisky Romeo Zulu d’Enrique Pineyro

Pilote de la compagnie aérienne argentine Lapa, Enrique Pineyro vient d’obtenir ses galons de commandant. Peut-être ses patrons espèrent-ils par cette promotion ramener dans le rang ce fort en gueule. Erreur. Dès le premier incident, Pineyro ironise publiquement sur les déficiences de l’aviation argentine. Et les incidents ne manquent pas car la compagnie, pour s’éviter des dépenses, néglige délibérément la maintenance de ses appareils et fait voler des avions parfois gravement défectueux. La plupart des pilotes ferment les yeux (c’est presque le cas de le dire) par crainte de perdre leur place. Pineyro, lui, non seulement râle, mais entreprend de rédiger un rapport sur les multiples violations des règlements de sécurité qui rendent selon lui une catastrophe inévitable. Une enquête est d’ailleurs en cours, et le magistrat qui la diligente subit d’étranges agressions, tandis que le pilote sera contraint de démissionner.

Vol Whisky Romeo Zulu a quelque chose du thriller, mais avec l’intérêt et l’originalité d’un témoignage de première main. Le fait que l’intrépide Pineyro lui-même ait écrit, réalisé et interprété le film aurait pu donner une oeuvre de débutant maladroite. Pas du tout. Pineyro ne manque pas de talent, et il apporte en outre la conviction du narrateur qui vous sert toute chaude son aventure, authentique et captivante.

Son film est un peu hirsute, et tantôt il s’attarde à des digressions intimes, d’ailleurs jolies (les lettres à son amour d’enfance), tantôt il se bouscule en anecdotes de plus en plus conflictuelles. Mais ce désordre passe très bien, donnant à l’histoire le charme du naturel, ce côté vivant du récit à la première personne semé de « il faut que je t’explique comment je suis devenu pilote » ou de « ça me rappelle un souvenir... »

Le portrait est nuancé : on sent bien que Pineyro est un peu largué et qu’il joue son va-tout. Seul, divorcé, il a plus de choses à se prouver qu’à perdre. Il ne se présente pas sous le jour d’un héros, mais il a un tempérament à la fois bagarreur et sentimental qui lui donne de la poésie. Avec lui, la dénonciation évite le didactisme du film engagé. Mais elle n’en est pas moins virulente. Quand la catastrophe annoncée survient, on a toute la généalogie de ce « crime industriel ».

Source : lefigaro.fr