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Enrique Pineyro, les ailes de l’intégrité

 
Ancien pilote de ligne, Enrique Pineyro dénonce dans « Vol Whisky Romeo Zulu » les failles d’une compagnie aérienne.
mercredi 29 juin 2005.
 
Enrique Pineyro (d) joue son propre role dans son film. - 3.6 ko
Enrique Pineyro (d) joue son propre role dans son film.

Le 31 août 1999, le Boeing 737 de la compagnie argentine Lapa s’enflammait après avoir percuté un terre-plein dans le centre de Buenos Aires. Soixante-sept personnes allaient perdre la vie dans cet accident. Dans Vol Whisky Romeo Zulu, Enrique Pineyro, acteur, réalisateur et ancien pilote de la compagnie qui avait démissionné deux mois avant la catastrophe, dénonce à travers son premier long-métrage la corruption et les complicités qui existaient entre la Force aérienne argentine et la compagnie Lapa pour échapper aux contrôles de sécurité afin d’obtenir encore plus de bénéfices.

« Je voulais apporter mon témoignage, explique Enrique Pineyro. Cette tragédie n’est qu’un épisode, qu’une histoire parmi tant d’autres illustrant de façon dramatique ce dédain pour la vie qui semble inscrit dans les gènes de la société argentine. Je ne voulais pas que ce drame ce dilue dans la mémoire collective. » Témoin direct, Enrique Pineyro qui joue son propre rôle dans son film, reconstitue tous les faits qui se sont déroulés avant « cette chute prévisible, inévitable. Le manque de maintenance des avions, le manque d’instruction et la fatigue chronique des pilotes qui n’avaient pas pris de vacances depuis des années, tout cela représentait un cocktail létal terrible. Par ailleurs, la Lapa avait une politique bien rodée. Elle interdisait aux pilotes d’avoir un autre emploi. Une façon de les maintenir sous pression, de les garder en otages et de les empêcher de se révolter. » Ce qui n’a pas été le cas d’Enrique Pineyro. « Je suis un riche héritier, dit-il dans un sourire argenté et argentin. Mon grand-père maternel était dans l’industrie de l’acier. Il m’a laissé sa compagnie. »

Mais Enrique Pineyro avait toujours rêvé de voler. « A 3 ans, je pouvais distinguer un 707 d’un DC 8. » Il fait d’abord des études de médecine avant de devenir commandant de bord. « Mon père avait perdu ses parents dans un accident d’avion. Pour lui, il n’était pas question que je devienne pilote. » Avec l’obstination qui le caractérise, il a passé outre. Mais ses ailes se sont brisées avec la boîte noire du Boeing 737. « Quand j’ai commencé à avoir des problèmes avec la Lapa, je me suis dirigé vers mon autre passion, la comédie. J’avais étudié le jeu avec l’acteur Lito Cruz. Lorsque Marco Bechis m’a dirigé dans Garage Olimpo en 1998, les rôles se sont ensuite enchaînés. »

Preuves accablantes à l’appui, Enrique Pineyro règle ses comptes avec « la Force aérienne qui est l’une des institutions les plus corrompues d’Argentine ». « Notre président qui a vu le film a déclaré publiquement que le gouvernement allait tout mettre en oeuvre pour sécuriser les vols. Mais tant que la Force aérienne se montrera incapable de gérer l’espace aérien des accidents peuvent survenir à tout moment. » A-t-il jamais eu peur de voler dans ces conditions ? « Un pilote qui n’a jamais peur est suicidaire ! s’exclame-t-il, pince-sans-rire. J’ai refusé des centaines de fois de prendre les commandes quand je considérais que l’appareil n’était pas en règle. »

Malgré la tristesse d’avoir perdu amis et collègues dans l’accident du Boeing 737, il est heureux que la justice fasse enfin son travail, « pour la première fois en Argentine, toute la direction d’une entreprise et une autorité aéronautique vont devoir faire face à un jugement pénal pour négligence criminelle. Je témoignerai au procès ».

Par Emmanuèle Frois , lefigaro.fr