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Le concert humanitaire revient en force avec le Live 8

 
Avant même que le groupe irlandais U2 n’ouvre les festivités à Londres le 2 juillet, le Live 8 est appelé à entrer dans l’histoire comme le plus grand concert humanitaire de tous les temps.
lundi 27 juin 2005.
 
Les huit concerts du Live 8 tentent de sensibiliser l’opinion publique à la pauvreté pour faire pression sur le Sommet du G8. - 4.6 ko
Les huit concerts du Live 8 tentent de sensibiliser l’opinion publique à la pauvreté pour faire pression sur le Sommet du G8.

C’est ainsi que l’a voulu leur compatriote, Bob Geldof, commandant en chef d’une coalition de rock stars en guerre contre la pauvreté, qui entend, non pas trouver de l’argent pour l’Afrique, mais exercer une pression en amont du sommet du G8, qui a lieu les 6 et 7 juillet à Gleneagles (Ecosse). Avec huit concerts gratuits, à la programmation passible de changements, en simultané à Londres, Versailles, Rome, Berlin, Philadelphie, Toronto, Johannesburg, Tokyo, le Live 8 devrait réunir plus d’un millier d’artistes. L’événement sera retransmis par 178 réseaux de télévision et plus de 1 200 radios, ont annoncé les organisateurs.

Comme Bob Geldof l’a déclaré dans nos colonnes (Le Monde du 20 juin), "le Live 8 n’est pas un événement culturel, c’est un événement politique. Il nous faut donc les artistes les plus connus pour réunir un maximum de gens (...). Le critère, c’est la popularité et les ventes". Pour ce faire, l’ancien chanteur des Boomtown Rats a recommandé à la presse de culpabiliser les stars qui ne se sont pas manifestées, en leur demandant "pourquoi elles ne sont pas là, en solidarité avec les plus faibles". Il a aussi pesté contre l’absence de réaction des musiciens italiens.

Le programme

Geldof, qui a été anobli en 1986 par la reine, a pu compter dès le départ sur l’aristocratie rock, à commencer par les deux autres "Sirs", l’ancien Beatles Paul McCartney et Elton John. Tous deux avaient déjà participé, en 1985, au Live Aid, organisé à Londres et à Philadelphie pour venir en aide aux Ethiopiens. C’est également le cas de Sting, U2, Bryan Ferry, Crosby, Stills & Nash, Bryan Adams, Madonna, Neil Young et Duran Duran, dont la présence est annoncée.

A ces anciens s’ajoutent de gros vendeurs apparus ces vingt dernières années : Robbie Williams, R.E.M, Coldplay, Green Day, Bon Jovi, Destiny’s Child, Snoop Dogg, Linkin Park, Maroon 5, Dido, Muse ou la chanteuse islandaise Björk, qui sera la tête d’affiche du concert tokyoïte. Dans chaque pays, les organisateurs ont voulu associer vedettes locales et stars internationales, à qui aucun cachet ne sera versé.

Le concert français aura lieu sur l’esplanade du château de Versailles et sera retransmis en direct par M6 et diffusé par NRJ. La programmation ressemble d’ailleurs d’assez près à la playlist de la radio et aux choix musicaux de la chaîne : Yannick Noah, Kyo, Pascal Obispo, Axelle Red, Shakira, Florent Pagny, Calogero, Dido, Sheryl Crow, Faudel ou David Hallyday. Trois personnalités du rap seront présentes : Kool Shen, Disiz La Peste et Diam’s. On ajoutera, comme "poids lourds", The Cure (récupéré de Londres, où le concert ne peut excéder sept heures), Placebo et, en vedette américaine, le vétéran de la soul, James Brown. Les organisateurs parisiens attendent entre 150 000 et 200 000 personnes dans la cour d’honneur du château de Versailles.

Cette mise en place s’est accompagnée de quelques bugs : la venue de Johnny Hallyday a été annoncée sur le site officiel de Live 8 alors que le rocker national n’a pas donné signe de vie.

L’argument invoqué par Bob Geldof pour justifier cette programmation (de gros vendeurs de disques) a souffert quelques exceptions : Cerrone, petit maître de la disco, est invité à Versailles (en compagnie de l’ex-Chic Nile Rodgers) parce qu’il organise la veille une dance party et mettra gracieusement à disposition des organisateurs son infrastructure et son matériel scénique. Enfin, un participant aux concerts n’a aucun impact commercial : Bob Geldof lui-même, dont le dernier disque, qui remonte à 2001, est passé inaperçu.

L’absence de l’Afrique

Le concert londonien n’avait prévu qu’un seul Africain dans son déluge de stars : Youssou N’Dour (Le Monde du 20 juin). C’est Damon Albarn, chanteur de Blur et de Gorillaz, qui jette le premier le pavé dans la mare, expliquant ainsi à la BBC les raisons de sa non-participation au Live 8 : "Plus que jamais, la culture black est partie intégrante de notre société. Alors pourquoi le programme est-il si anglo-saxon ? Si vous organisez un concert pour l’Afrique, il ne faut pas lui fermer la porte. Live 8 ne nous rapproche pas de l’Afrique, il la traite comme un endroit malade et fatigué." En choeur, des artistes africains et des personnalités telles que Chris Blackwell, fondateur d’Island et parrain de Bob Marley, ou Nick Gold du label World Circuit, lui emboîtent le pas.

Devant la polémique grandissante, Peter Gabriel transforme son festival Eden Project, prévu à la campagne, dans les Cornouailles, en événement Live 8. Rebaptisé African Calling, le concert sera mené par la Béninoise Angélique Kidjo et le Zimbabwéen Thomas Mapfumo, avec le Sénégalais Youssou N’Dour, devenu ainsi triple champion du jour (trois concerts : Londres, Cornouailles et Versailles).

Mode d’emploi

Toutes les places des huit concerts Live 8 sont gratuites, disponibles uniquement via SMS. En Angleterre, près de deux millions et demi de personnes ont répondu par SMS à l’appel de Bob Geldof, afin de gagner l’un des 150 000 billets offerts pour le concert de Londres à l’issue d’un tirage au sort et d’un filtrage sur le site Internet du Live 8 (www.live8live.com).

Pour l’Africa Calling, l’annexe africaine de Peter Gabriel, les soupirants qui espèrent obtenir un billet doivent répondre, sur le site www.live8.edenbookings.com, à la question suivante : "Où a lieu l’Eden Project : dans les Cornouailles, à Londres ou à Gleneagles ?"

A Versailles, l’entrée est libre, mais 20 000 places privilégiées sont à gagner par tirage au sort via envoi de SMS au 73 600. M6, partenaire de l’événement, offre également 10 000 billets VIP via le SMS (mode d’emploi sur www.m6.fr).

Financement

Le coût de l’opération Live 8 a été estimé par Bob Geldof entre 20 et 25 millions de livres (environ 38 millions d’euros), dont 1,6 million reversé en dédommagement à la fondation du prince Charles, Prince’s Trust, qui devait organiser sa "party" annuelle ce jour-là à Hyde Park et a cédé sa place au Live 8. Deux sponsors participent aux recettes mondiales : Nokia (5 millions de livres) et AOL (3 millions). Bob Geldof prévoit de recueillir 5 millions supplémentaires grâce aux ventes des futurs DVD.

Pour l’Angleterre, les droits des retransmissions télévisuelles devraient se monter à près de 3 millions de livres, la BBC ayant quant à elle déboursé 2 millions pour l’organisation du concert. Les SMS ont généré des recettes d’environ 3 millions de livres ­ - le prix d’un SMS britannique s’élève à 1,5 livre.

Les médias français

A l’issu d’un appel d’offres favorisant les médias donnant la plus large couverture au Live 8, NRJ et M6 ont été choisis. "Nous avons été contactés il y a cinq semaines seulement par les organisateurs du Live 8", a fait savoir Emmanuel Jayr, directeur de la promotion et des opérations spéciales de NRJ. Le groupe NRJ assure à la fois la promotion, la programmation musicale et la diffusion du concert de Versailles. NRJ et M6 fourniront la logistique, Live 8 gardant tous les droits artistiques. Les SMS ­ - facturés aux conditions minimales, comme lors du tsunami ­ - assurent une partie des recettes, complétées par le sponsoring.

En pratique, M. Jayr assure que NRJ ne trouvera aucun avantage financier à coorganiser le Live 8, dont le coût a été estimé à près de 4 millions d’euros. De son côté, M6 espère "montrer que la chaîne fait partie des grandes télévisions", dit Régis Ravanas, directeur général adjoint en charge des programmes.

Live Aid

L’opération Live 8 est à rapprocher du fameux concert Live Aid de 1985. Le single Do They Know It’s Christmas ?/Feed the World, écrit par Bob Geldof et Midge Ure pour combattre la famine en Ethiopie, est enregistré en novembre 1984 par un aréopage de stars, sous le nom de Band Aid. Il rapporte 3 millions de livres sterling.

Début 1985, deux concerts, au stade Wembley de Londres et au JFK Stadium de Philadelphie, sont suivis par 1,5 milliard de téléspectateurs, rapportant 50 millions de dollars pour l’Afrique.

Source : lemonde.fr