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L’amant anglais de Laura Wilson

 
Laura Wilson dans l’amant anglais explore les pulsions secrètes et meurtrières qui se cachent au plus profond de l’âme, lorsque la menace permanente de la mort brise les barrières entre les êtres.
samedi 25 juin 2005.
 
L’amant anglais de Laura Wilson. - 3.9 ko
L’amant anglais de Laura Wilson.

Londres. Automne 1940. Le Blitz. Les bombardements. La course aux abris, les blessés et les morts, la ville dévastée, la folie quotidienne, et les beaux courages. Dans ce chaos, les prostituées de Soho n’ont pas fermé boutique - survie oblige, surtout si l’on a enfant ou médiocre compagnon à charge ! Dans cette confusion, on trouve des femmes mutilées, assassinées d’horrible façon. Cadavres de putes victimes d’un nouveau Jack l’Eventreur... L’histoire débute un 19 octobre par la découverte d’un corps découpé. Puis l’auteur nous emmène cinq semaines plus tôt, le 14 septembre. Ces dates ont de l’importance, prenez-y garde, puisque Laura Wilson va vous faire revivre l’aventure via trois personnages que rien, sinon l’atrocité de la guerre, n’aurait pu faire se rencontrer.

D’abord, il y a Lucy, une jeune fille convenable, qui, naïvement, rêve d’amour pur et total. Puis il y a le lieutenant Jim Rushton, un héros de la RAF, un fou d’azur que la chasse exalte. Là-haut, tous les sens aiguisés par le combat, il est libre. En bas, il tue. Et puis il y a Rene, une prostituée terrorisée dont un brave îlotier tombe amoureux. Tour à tour, chacun témoigne, raconte ses peines, ses joies, ses obsessions et ses pulsions. Les femmes se croisent, apprennent à s’apprécier. Jim, lui, guette. Et le sens des dangers encourus étreint le lecteur.

Ce roman passionnant s’inspire d’événements réels. En 1942, pendant le black-out, un élève officier de 28 ans, dit le Duc à cause de ses manières aristocratiques, tua quatre femmes et en agressa deux autres en quatre jours. Arrêté, il fut pendu. Et oublié. C’est une des forces de Laura Wilson, un jolie trentenaire déjà auteur de trois romans (parus eux aussi chez Albin Michel), que d’avoir exhumé ce fait divers. Une autre est de l’avoir transposé pendant le Blitz, un moment où, tous repères disparus, les instincts priment, les meilleurs comme les pires.

Pour dominer une telle anarchie, il fallait une maîtrise implacable. L’auteur en est dotée ! Ainsi que d’un talent irrésistible pour le portrait. Le moindre de ses personnages existe, vivace, inoubliable ; le moindre de ses décors aussi. Résultat : un roman parfaitement réussi qui fait entrer Laura Wilson dans le cercle des grandes du polar anglais, à côté des Ruth Rendell et des Minette Walters.

Source : lepoint.fr