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Azouz Begag

 
Avant d’être ministre, Azouz Begag a écrit le scénario de « Camping à la ferme ». Ce pourrait être la surprise de l’été
samedi 25 juin 2005.
 
Azouz Begag, scénariste de « Camping à la ferme ». - 3.8 ko
Azouz Begag, scénariste de « Camping à la ferme ».

Pour Azouz Begag, son scénario de « Camping à la ferme » (réalisé par Jean-Pierre Sinapi) appartient « à une autre vie ». Une vie où il n’était pas encore ministre. En l’écrivant, en 2002, il ignorait bien sûr, lui le sociologue-écrivain né dans un bidonville lyonnais, que, le 3 juin 2005, il serait appelé par Villepin à promouvoir l’égalité des chances. Il ignorait aussi qu’à la fin du même mois sortirait ce « Camping à la ferme » qui, avec ses faux airs de « Choristes » des cités, pourrait bien être la surprise de l’été. Hasard du calendrier qui, pour Begag, tombe à pic. Car cette fable sociale ressemble bigrement à un programme politique. « C’est la même chose, en effet », admet Begag, avec sa mine d’enfant émerveillé qui n’en revient pas.

Soit donc six jeunes lascars de banlieue qui se sont vu coller un TIG - travail d’intérêt général - à la campagne. « Cette solution évite la prison aux jeunes, mais les juges se méfient de cette liberté laissée aux individus. Dommage, commente le nouveau ministre, qui croit aux bienfaits du voyage de l’autre côté du périph’, avec à l’horizon, sur la ligne bleue des Vosges, l’espoir de l’intégration. Il faut faire sortir ces jeunes de leur hall d’immeuble, les contraindre à aller au contact des autres. » En l’occurrence, les paysans déprimés de la France profonde. La PAC contre le TIG : les lascars, qui « kiffent » assez peu les levers au chant du coq et le silence de la forêt, sont accueillis comme des extraterrestres. Assane gère son business en costume-cravate sur son tracteur, Luigi joue au muezzin dans l’église à ravaler. Begag, qui se paie en passant les politiques « opportunistes » - un savoureux personnage de mairesse -, a choisi l’humour. « L’image de la banlieue, au cinéma, a été marquée par des films durs comme "La haine" ou "Ma 6-T va cracker". Je préfère l’influence de la comédie italienne des années 70. » Au final, le camping aura été profitable, ce qu’on pourra trouver bien optimiste. Mais optimiste, Begag le demeure, invariablement, persuadé que le cinéma, comme la politique, peut transformer le monde. Voilà sans doute pourquoi Villepin l’a nommé.

Par François-Guillaume Lorrain, lepoint.fr