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Dear Wendy de Thomas Vinterberg

 
Où vont Lars von Trier (Dancer in the Dark), Thomas Vinterberg (Festen) et, avec eux, les oripeaux du Dogme, promis à la liquidation après dix années d’exploitation conceptuelle plus souvent besogneuse qu’éclairée ? La première réponse qui vient à l’esprit, en découvrant Dear Wendy, est : dans le mur.
mercredi 22 juin 2005.
 
Dear Wendy de Thomas Vinterberg. - 4.7 ko
Dear Wendy de Thomas Vinterberg.

Car il semble évident que le cinéaste palmé d’or (masqué sous la casquette de scénariste, dans le prolongement de Dogville) et son factotum danois ont toutes les peines du monde à rendre soluble un message qu’ils cherchent pourtant à accoutrer des formes les plus diverses et affectées : fable allégorique, thriller initiatique, western moderne, Dear Wendy a les idées larges... au risque de tailler trop grand et de se perdre dans les méandres d’un exercice de style empesé et vain, où le sentiment de curiosité initial s’estompe pour laisser place à un mélange de perplexité, puis d’agacement.

Le binz, situé dans un espace-temps bistré volontairement imprécis, tourne autour d’une bande de jeunes paumés archétypaux (l’estropié, la fille mal dans sa peau...). Entraînés par un certain Dick, lui-même orphelin introverti, ceux-ci forment une coalition armée dont le précepte équivoque ­ avoir un flingue pour affirmer son identité, mais ne surtout pas s’en servir ­ va fatalement voler en éclats. Le tout dans le village minier d’une Amérique bien profonde qui sert de cible par trop évidente au tandem européen exfiltré, appelé à jouer les redresseurs de torts avec si peu de discernement que la charge dénonciatrice leur explose à la figure, à mesure qu’on bascule dans le didactisme faisandé.

Jusqu’au dernier quart d’heure qui, citant explicitement la tradition du western codifié (décor, poses, cadrages, dramaturgie...), vire au pastiche pur et simple. Oui, les Etats-Unis ont une conception totalement dévoyée de la protection individuelle et du délire sécuritaire en résultant ! Certes, l’adolescence peut se révéler source d’un mal-être aux conséquences désastreuses ! Mais Vinterberg n’est pas Gus Van Sant (ni Coppola, ni Leone...) et son sens du pamphlet possède ici la grâce d’un éléphant.

Par Gilles RENAULT, liberation.fr