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Le fils du serpent d’Airy Routier

 
Le journaliste Airy Routier dresse un portrait cruel du banquier français Edouard Stern, assassiné le 28 février à Genève à l’âge de 50 ans, dans son livre "Le fils du serpent" qui mêle tous les bons ingrédients du polar autour de l’argent, du pouvoir et du sexe.
vendredi 17 juin 2005.
 
Le fils du serpent -Vie et mort du banquier Stern  d’Airy Routier. - 4.8 ko
Le fils du serpent -Vie et mort du banquier Stern d’Airy Routier.

Cet ouvrage, en librairie lundi et tiré à 40.000 exemplaires, est le premier à paraître après un drame incarnant à merveille la violence du milieu des affaires.

Haï par beaucoup et adoré par quelques uns, Edouard Stern, 38ème fortune de France, y apparaît comme un grand névrosé. Sa mère était mondaine et narcissique. Surtout, son père, qui parlait plus à ses chiens qu’à son fils, était froid comme un serpent : Edouard n’a jamais accepté d’être "le fils du serpent". Ce rapport douloureux au père est assurément une des clés pour comprendre cette personnalité double.

D’un côté, du brio, du culot, du charme, de l’originalité, une beauté ténébreuse, du mystère, une grande culture. Et de la précocité : à 22 ans, il commence à prendre le contrôle de la banque Stern, que préside son père.

De l’autre, un goût "compulsif" pour les armes, une seule philosophie : le rapport de forces, des provocations, des colères et de la muflerie, une "immaturité affective", "une radinerie légendaire", "une arrogance qui le rend insupportable", etc.

Au fil des ans, Stern apparaît de plus en plus perdu, indifférent à tout, peut-être même à sa propre mort. "Il savait qu’il avait des problèmes, qu’une bête, qu’il réfrénait, couvait en lui", dit le rédacteur en chef du Nouvel Observateur.

En 1997, une "cassure" intervient : il divorce d’avec Béatrice (David-Weill, issue d’une des familles "les plus influentes du monde") et est expulsé de la prestigieuse banque Lazard. Commencent alors "des heures sombres".

Il tente de se refaire dans des opérations "de plus en plus louches", notamment en Russie. Il vit une relation compliquée avec Julia Lemigova, Miss Union Soviétique 91, qui se terminera par la mort assez trouble d’un bébé né "de père inconnu" mais dont Stern, selon Julia, était le père.

Puis il rencontre Cécile Brossard, "blonde trop maigre et un peu vulgaire". Il devient "accro" de cette Française avec qui ce bisexuel entretient des relations sadomasochistes.

Le 12 février 2005, il transfère un million de dollars sur un compte de Cécile. Puis la jeune femme coupe les ponts avec Edouard. Se sentant trahi, il fait bloquer la somme par voie de justice et part à sa recherche. Il la retrouve enfin. Nouvelle dispute, nouvelle rupture.

Cécile a avoué avoir tiré sur son amant. Cette façon de tuer - Stern, qui portait une combinaison de latex, avait deux balles de 9 millimètres dans la tête, une dans le thorax et une dans le ventre - "évoque plus l’exécution d’un contrat qu’un acte de folie, commis au paroxysme d’une relation sadomasochiste", conclut Routier.

A Paris, où Stern connaissait énormément de monde, plusieurs responsables politiques notamment - de Nicolas Sarkozy, ami du banquier, à Thierry Breton en passant par Laurent Fabius ou Dominique Strauss-Kahn - tentent d’en savoir plus sur cette affaire hautement sulfureuse.

Pour la famille Stern, Cécile n’a pas tué Edouard uniquement pour des raisons passionnelles. Dans sa prison de Champ-Dollon, cette dernière écrit un livre. Elle peut espérer toucher le million de dollars même si, affirme-t-elle, ce n’est pas prioritaire.

Source : AFP