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Hommage à John Ford

 
Hommage à John Ford en six films « Steamboat Round the Bend »(1935), « Je n’ai pas tué Lincoln » (1936), « Vers sa destinée » (1939), « les Raisins de la colère » (1940), « Qu’elle était verte ma vallée » (1941) et « la Poursuite infernale » (1946). En copies neuves.
vendredi 17 juin 2005.
 
Hommage à John Ford en six films. - 4.7 ko
Hommage à John Ford en six films.

La démarche est pour le moins courageuse. Alors que la plupart des films de John Ford sont disponibles en DVD, les Grands Films classiques ont pris le risque économique non négligeable de faire tirer des copies neuves de six longs métrages du cinéaste américain afin de les distribuer en salles. Le public parisien préférera-t-il redécouvrir ces classiques sur grand écran plutôt qu’à domicile ? On l’espère d’autant plus que ces films, aux univers et aux styles variés, le méritent, qu’ils soient célèbres (la Poursuite infernale, western mythique) ou méconnus (Steamboat Round the Bend). La rétrospective couvre onze années de la carrière de Ford au sein de la 20th Century Fox dirigée par Darryl F. Zanuck. Les querelles entre le réalisateur et le producteur sont devenues légendaires. Ford était en train de tourner Steamboat Round the Bend quand Zanuck prit le contrôle du studio en 1935 : « Un nouveau manager est arrivé. Comme il voulait en mettre plein la vue à tout le monde, il a refait le montage du film et retiré tout le côté comique », expliqua Ford après coup (1).

Ce qui n’empêchait pas les deux hommes de se respecter, selon le réalisateur Robert Parrish : « Ford savait que Zanuck n’avait aucun goût, mais reconnaissait qu’il n’avait pas son pareil pour monter une affaire, choisir le metteur en scène qui conviendrait parfaitement à un sujet, lui donner le scénario adéquat » (2).

Rites. Sous le magistère de Zanuck, Ford tourne Vers la destinée et les Raisins de la colère, deux films parmi les plus emblématiques de son « cinéma de paysan » (Bertrand Tavernier). Un cinéma qui s’intéresse davantage au collectif qu’à l’individu, aux rites qui soudent la communauté qu’aux péripéties vécues par les personnages. Le tout dans des situations privilégiant les périodes de transition historique (l’émergence d’une Amérique fondée sur le droit dans Vers sa destinée, qui raconte la formation du futur président Lincoln ; la grande dépression des années 30 dans les Raisins de la colère).

Dans l’adaptation du roman social de John Steinbeck, Ford appréciait particulièrement « l’idée de cette famille qui s’en allait pour essayer de trouver sa place dans le monde ». Cette attention aux « gens simples » se retrouve dans Qu’elle était verte ma vallée, chronique mélodramatique d’une famille de mineurs au pays de Galles, et dans Steamboat Round the Bend. Cette balade sur le Mississippi est un petit bijou de cinéma buissonnier, riche en ruptures de ton et digressions, à l’image du jeu débonnaire de Will Rogers. L’acteur, aussi écrivain-journaliste un brin démago, incarne un charlatan qui rafistole un bateau à roue grâce à l’argent de son élixir baptisé Pocahontas. Le « Doc » veut sauver son neveu Duke, condamné à mort. Pour gagner de quoi payer un avocat, il transforme son steamboat en un musée de cire flottant, puis en bateau de course qui carbure au Pocahontas !

La délicieuse nonchalance du film rappelle l’univers des romans sudistes de Mark Twain, tout comme l’incroyable galerie de seconds rôles (Efe l’ivrogne, Jonah l’affranchi, un prédicateur surnommé « le nouveau Moïse »...). Le plus incroyable est que, quelques mois après le tournage de ce film fantaisiste, Ford se plongeait avec une réussite presque aussi grande dans la noirceur tragique de Je n’ai pas tué Lincoln. L’histoire d’une erreur judiciaire à l’esthétique marquée par l’expressionnisme.

Par Samuel Douhaire, liberation.fr

(1) John Ford, de Peter Bogdanovitch, éd. Edilig. (2) Amis américains, de Bertrand Tavernier, éd. Actes Sud-Institut Lumière.

A l’Action Ecoles, 23, rue des Ecoles, Paris Ve. Rens. : 01 43 25 72 07. « L’homme qui tua Liberty Valance » (1962) ressort également à partir du 22 juin, au Reflet Médicis, 3, rue Champollion, Paris Ve