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Pour toi le passant qui passe

 
Pour toi le passant qui passe
Sais tu que j’habite en face ?
Tu ne me vois plus, tout lasse
Le temps est venus je m’efface
Mais avant de laisser la place
Je vais te raconter en face
Ce qu’était ma vie
Avant de finir ici
Comme dans une impasse
mardi 7 juin 2005.

Pour toi le passant qui passe
Je ne suis qu’un vieux débris en face
Et je gâche ton tableau, la poisse
C’est clair je ne suis pas beau
Je ne suis qu’un zéro
Je ne suis même plus un numéro
Je suis celui qui salit ta vue

Pas classe

Et pourtant je ressens encore ce parfum
Ce parfum d’enfance qui me vient
L’Odeur de la campagne l’odeur du bon pain
Et des doux baisers de ma maman
Et pourtant et pourtant je ressens encore
La peine, je ressens aussi de la gène
D’’être devenu ce type que je ne reconnais plus

J’avais une femme tu sais ?
Elle m’aimait vraiment je crois
je l’aimais sûrement
Je ne pensais qu’a mon travail
J’étais un grand tu sais, un géant
Mais je brassais du vent
J’étais inconstant
Un vrai c** tout le temps
Je me sentais pousser des ailes
Je dépensais sans compter

Et puis un beau soir
Enfin..beau si on veut
Krach boursier,
J’avais tout flambé
Peu a peu les huissiers sont venus
Liquidation attention

Ma femme par précaution m’a quitté
Je me suis réfugié dans la boisson
J’ai finis par dégringoler pour de bon
Peu à peu j’ai perdu la raison
Peu a peu je suis devenu un pochard
Enfermé j’ai été
je tapais sur tout ce qui bougeait
Et puis un jour je me suis sauvé
J’ai tout cassé tout lâché tout détesté
J’ai perdu pied , j’ai touché le fond

Je ne voulais plus avancer
J’en avais assez de reculer pourtant
Et c’est ainsi qu’après des mois d’errances
Je me suis plongé sans mon existence
Je suis devenu un moins que rien
C’était pourtant pas rien ,
c’était moi, je crois
La déchéance était là
Et moi je lui ai tendu les bras

Pour toi le passant qui passe
Sais tu que j’habite en face ?
Tu ne me vois plus, tout lasse
Le temps est venus je m’efface
Je ne suis qu’un rebut
Juste un détritus mon âme est foutue
Ne prend jamais ma place

© morjane