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La Palme d’or dédiée aux otages en Irak

 
La Palme d’or du 58e festival de Cannes a récompensé L’enfant, le long-métrage réalisé par les Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne. Les deux frères ont dédié leur prix à la journaliste française Florence Aubenas et à son guide irakien Hussein Hanoun al-Saadi, retenus en otages depuis 136 jours.
samedi 21 mai 2005.
 
Les frères Dardenne ont dédié la palme d’or à Florence Aubenas et à Hussein Hanoun al-Saadi. - 4.4 ko
Les frères Dardenne ont dédié la palme d’or à Florence Aubenas et à Hussein Hanoun al-Saadi.

La récompense suprême du festival de Cannes est pour la deuxième fois revenue aux deux réalisateurs belges Jean-Pierre et Luc Dardenne qui avaient déjà décroché en 1999 une Palme d’or pour leur film Rosetta. Les deux frères entrent ainsi, aux côtés d’Emir Kusturica -président du jury de ce 58e festival de Cannes-, de Bille August, de Francis Ford Coppola et de Shohei Imamura, dans le club très fermé des réalisateurs récompensés par deux Palmes d’or. Leur long-métrage, L’enfant, raconte les conséquences dans la vie d’une petite frappe, incarnée par l’acteur belge Jérémie Renier, de l’arrivée d’un bébé que le jeune homme va d’abord accueillir avec indifférence.

Aussitôt après avoir reçu leur prix, les deux réalisateurs ont tenu à dédier leur récompense à la journaliste de Libération et à son guide, enlevés à Bagdad le 5 janvier dernier, et dont les portraits géants ont été accrochés sur les murs du palais des Festivals. « Mon frère et moi, nous voudrions dédier cette Palme à Florence Aubenas et à son chauffeur Hussein enfermés en Irak », a déclaré Luc Dardenne. Son frère Jean-Pierre avait peu auparavant rendu hommage aux deux principaux acteurs de L’enfant, Jérémie Renier et Déborah François. « Merci à tous ceux qui nous ont permis de mener cette aventure », avait-il ajouté.

L’autre grand vainqueur de ce 58e festival est l’Américain Tommy Lee Jones, distingué à la fois pour son rôle d’acteur et pour le scénario de son premier film en tant que réalisateur, Trois enterrements. Le long-métrage dépeint avec humanité les contrastes culturels et sociaux qui existent de part et d’autre de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, à travers l’histoire d’un contremaître de ranch qui kidnappe un jeune garde frontière assassin de son meilleur ami, un clandestin mexicain, pour l’obliger à aller offrir à ce dernier une sépulture décente au Mexique.

Le « réel » récompensé

L’actrice israélienne, Hanna Laslo, a obtenu le prix d’interprétation féminine pour son rôle de femme de tête, forte en gueule, dans Free Zone de son compatriote Amos Gitaï. La comédienne a dédié son prix à sa mère « survivante de l’holocauste à Auschwitz » et à toutes les victimes de la barbarie nazie. Le film raconte le bout de route improbable que font trois femmes décidées à prendre les choses en mains : une Israélienne (Hanna Laslo), une Palestinienne (Hiam Abbass) et une jeune Américaine d’origine juive (Natalie Portman). Premier long-métrage israélien tourné dans un pays arabe -la Jordanie-, Free Zone défend l’idée que le commerce et les relations les plus quotidiennes et les plus humaines peuvent davantage rapprocher les peuples que les initiatives diplomatiques.

Première Israélienne a être primée à Cannes, Hanna Laslo a dédié son prix d’interprétation au dialogue israélo-palestinien. « Je m’adresse aussi aux victimes arabes et palestiniennes, a-t-elle déclaré après avoir dédié son prix aux survivants de l’holocauste. Il est grand temps de se réunir et de discuter pour régler les problèmes ».

Au vu du palmarès, le jury présidé par le Serbe Emir Kusturica, qui comptait notamment Agnès Varda et Javier Bardem, a choisi de privilégier un cinéma en prise avec le réel, plutôt qu’un cinéma esthétique ou éthéré. Des critères auxquels obéissent aussi bien le cinéma des frères Dardenne, que le tableau humaniste dressé par Tommy Lee Jones dans Trois enterrements ou encore la réalité décrite par l’Israélien Amos Gitaï.

Par Mounia Daoudi (avec AFP), rfi.fr