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Bill Murray retrouvé avec bonheur à Cannes

 
C’était l’un des films les plus attendus par les festivaliers. Jim Jarmsuh n’a pas déçu avec Broken flowers une comédie douce-amère portée par un irrésistible Bill Murray.
mercredi 18 mai 2005.
 
Bill Murray a enthousiamé Cannes par son intéprétation dans Broken Flowers. - 4.7 ko
Bill Murray a enthousiamé Cannes par son intéprétation dans Broken Flowers.

On l’avait quitté tout penaud et chaviré dans le bar d’un palace de Tokyo où il était complètement Lost in translation à l’écoute de ses hôtes. A l’évidence Bill Murray se sent plus dans son élément sur la French Riviera : « On me sert de la bouillabaisse matin, midi et soir. Avec toutes sortes de vins en plus. C’est formidable d’être ici. » Et le boulot ? « Mais c’est tout aussi excitant. Je fais ma gym, après je me fais beau et je monte les marches du palais devant des nuées de photographes. Tout le monde devrait avoir droit à ça. »

Il a toujours dans ses bagages sa fraîcheur de gosse, ce qui n’est pas le cas de tou(te)s ses collègues de travail. Sharon Stone et Jessica Lange, conviées à lui prendre le bras, hier soir, pour s’engouffrer dans la salle de projection de Broken flowers ont déchiré leur carton. L’une, pourtant en tête de cortège dimanche soir dans le défilé de La guerre des étoiles, joue les heures supplémentaires dans le studio londonien où elle exerce son Basic Instinct 2. L’autre a toujours préféré la compagnie des animaux de son ranch américain à la faune de son monde professionnel....

A la rencontre de lui-même

C’est tant mieux pour l’exquis Bill Murray qui, de toutes manières, porte à lui tout seul, le prix d’interprétation l’attend, cette comédie douce-amère, entre nostalgie et remise en cause, de Jim Jarmush. Abonné de la Croisette qui l’a d’ailleurs révélé, le cinéaste de Stanger than paradise, Dead man, Down by law y revient pour raconter le trouble qui saisit un célibataire endurci.

Il a la cinquantaine conquérante, mais une mystérieuse lettre anonyme rose le tire de ses confortables certitudes. Elle lui annonce qu’il a un fils de 19 ans. Son meilleur pote le pousse à enquêter sur ce mystère. Il part à la rencontre de ses conquêtes de l’époque. Laura (Sharon Stone) est décoratrice, encombrée d’une Lolita très entreprenante, Dora (Frances Conroy) donne dans l’immobilier préfabriqué, Penny (Tilda Swinton) joue les hippies rockeuses attardées mais Carmen (Jessica Lange) est la plus irrésistible en ex-avocate devenue communicatrice animalière : « La passion, c’est bizarre, » se félicite-t-elle pour apprécier ce changement de cap dans sa vie.

Mais entre ses anciennes égéries et son fils improbable, c’est surtout à la rencontre de lui-même que Don Johnston va s’embarquer. Voyage incertain rythmé par la mélancolie trouble et l’humour élégant d’un cinéaste habile à travailler la demi-teinte pour dresser le portrait d’une Amérique ordinaire, à travers des personnages bien typés : « L’histoire est simple, concède Jim Jarmush. Mais ce qui m’intéressait avant tout, c’est le portrait de ces différents caractères. »

Et pour Bill Murray, pourtant fort de son expérience des chasseurs de fantômes de Ghostbusters, cette pérégrination intérieure ne fut pas seulement du cinéma : « Je pensais à ma propre expérience. Parce qu’on a tous en tête le souvenir de quelqu’un à qui on n’a pas donné toute sa chance. » Mais la réalité du métier l’a remis d’aplomb en le sortant de sa mélancolie : « Travailler pendant six semaines avec quatre actrices différentes, c’est souvent perturbant. Mais bien plaisant surtout. »

Par Pierre FORNEROD, ouestfrance.fr