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Tokyo de Mo Hayder

 
L’Anglaise Mo Hayder utilise les codes du roman policier pour raconter dans Tokyo un tragique épisode de la conquête japonaise : les massacres de Nankin en 1937.
mardi 12 avril 2005.
 
Tokyo de Mo Hayder relate les massacres de Nankin en 1937. - 3.1 ko
Tokyo de Mo Hayder relate les massacres de Nankin en 1937.

Embauchée comme professeure d’anglais au début des années 1990 par un lycée de Tokyo, la Britannique Mo Hayder n’a pas supporté longtemps la soumission de ses élèves. « Déroutée », elle s’est recyclée comme hôtesse dans un club. Un travail honorable qui consistait alors à accueillir les hommes qui s’y rendent en groupes, à veiller à ce qu’ils aient à boire, à manger. À les écouter surtout, et à découvrir ainsi un Japon loin des clichés. Dans ce Tokyo contemporain, l’héroïne de son livre s’insinue dans la vie d’un vieux Chinois, professeur d’université, qui veut découvrir le secret d’un fortifiant détenu par le parrain d’une mafia japonaise. Celui-ci fréquente à l’occasion le club d’hôtesses où travaille la jeune femme, une paumée venue de Londres pour savoir si le cauchemar qui a hanté son enfance était réel, ou si elle a inventé des images particulièrement horribles du massacre de Nankin par les Japonais en 1937.

« Pendant mon voyage en Asie, j’ai découvert un village martyr, comme Oradour-sur-Glane en France. J’ai vu les photos incroyables, découvert les piles de cadavres, les bébés transpercés par les sabres. J’en ai ensuite parlé à mes amis japonais. Ils ne savaient pas : c’était alors un tabou absolu. »

Au départ, Mo Hayder avait imaginé un livre sur une jeune Britannique découvrant le Japon, un second sur les événements de Nankin. Alors qu’elle s’y rendait pour se documenter, elle a rencontré dans le train un vieux soldat japonais qui retournait en Chine « en pèlerinage d’expiation. » De leur discussion est né Tokyo, « un livre grand public qui cristallise les images du Japon, le pays plus contradictoire qu’il m’ait été donné de visiter, et les massacres qui m’ont bouleversée. » Tout en gardant le rythme du thriller, elle étire les limites du genre à travers ses interrogations sur le bien ou le mal, sur la différence entre l’innocence et l’ignorance, sur la responsabilité de chacun : « Quelle est la mienne aujourd’hui par rapport à l’Irak ? » C’est perturbant, jamais démonstratif, toujours subtil. De l’art de tabler sur l’intelligence de ses lecteurs...

Par Josiane GUÉGUEN, ouestfrance.fr

Tokyo, éditions Presses de la Cité, 425 pages, 20 €, traduit de l’anglais par Hubert Tézenas.