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Marina Tsvetaeva : Vivre dans le feu

 
Deux parutions "Vivre dans le feu" et "Chronique d’un goulag" ordinaire,,viennent éclairer le destin tragique de la poétesse Marina Tsvetaeva.
lundi 14 mars 2005.
 
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Marina Tsvetaeva : Vivre dans le feu.

Née en 1892 dans l’intelligentsia moscovite, Marina Tsvetaeva se met très tôt à composer, dire et traduire des poèmes.On la courtise, on admire sa vivacité et son romantisme. Elle se marie mais poursuit des amours cérébrales ou physiques, masculines et féminines. La révolution d’Octobre va donner un autre sens à son destin. 1917 amène la famine, la guerre civile, le chaos. Plongée dans la misère, Marina façonne alors un style tranchant qui fera d’elle l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. Tsvetaeva attachait une grande importance à ses carnets et ses lettres.

Seule la mort l’a empêchée d’en faire un livre. Tzvetan Todorov l’a réalisé, en extrayant une autobiographie de dix tomes d’écrits intimes publiés en russe. On y découvre une femme dont le génie est attisé par les échecs : « En amour, je n’ai su qu’une chose : souffrir comme une bête - et chanter. » Impossible de relire le parcours de Marina et de sa famille sans frémir devant la démesure du malheur. En 1920, l’une de deux filles, Irina, meurt de faim. La seconde, Ariadna, suit sa mère dans l’exil : Prague, Berlin, Paris et un été en Vendée, où elle note : « Si j’étais un Français, je miserais sur le paysan breton. ». Marina revient à Moscou pour retrouver son mari, Serguei Efron, bientôt fusillé comme agent impérialiste. Quand leur fils est tué au front, Marina s’est déjà suicidée, en 1941 : de cette famille, il ne reste d’Ariadna.

Et la tragédie continue pour la jeune survivante, déportée au goulag. De 1939 à 1955, sa correspondance raconte l’exil dans le Grand Nord, « loin de la demeure des vivants et de la tombe des morts. » Dans une lettre, Ariadna raconte un rêve où elle cherche la tombe de Marina avec son père. Ne la trouvant pas, son père dit : « Ces cendres, elle les dispersera dans le monde entier. Elle avait bien écrit : Ensevelissez-moi à la croisée/De quatre chemins. » Ariadna est morte en 1975, après s’être consacrée, avec succès, à l’édition des oeuvres de sa mère. Cette femme « ivre d’amour et de spleen » qui écrivait : « J’aime le ciel et les anges : là-haut, avec eux, je saurai m’y prendre. »

Par Daniel MORVAN, ouestfrance.fr.