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Sublime Amour de Sophie Fontanel

 
Sublime amour est le quatrième roman de Sophie Fontanel, journaliste à "Elle".
mardi 17 mai 2005.
 
Sublime Amour de Sophie Fontanel. - 4.2 ko
Sublime Amour de Sophie Fontanel.

Ils s’aiment depuis sept ans. Mais ils ne font pas l’amour, tout juste s’effleurent-ils. Lui, il pense que le jour où ils le feront, ce sera sublime. Elle n’est pas de son avis, le sublime serait dans l’abstinence : « Tant qu’on ne le fera pas, ce sera sublime. » Elle s’appelle Arminé Alischane, 37 ans, écrivain, issue d’une famille arménienne. Lui, c’est Claudio Barbaro, 50 ans, grand avocat de droit international, marié, italien, passionné d’archéologie. Et les apparences abusent les proches à leur sujet. Du coup, on envie ce couple, qui n’en est pas vraiment un, qui cependant flâne dans une librairie parisienne de la rue de Rivoli, et loue une chambre dans une jolie petite ville grecque...

Nous sommes dans le quatrième roman de Sophie Fontanel, qui veut enfin prouver le bien-fondé de sa théorie personnelle selon laquelle : « Il faut plus de deux corps pour faire une rencontre : il faut deux origines. »

Jusqu’ici, on la connaissait surtout au travers de Fonelle, le personnage qu’elle a créé pour l’hebdomadaire Elle, une midinette qui aime comme on consomme : on prend, on goûte et on jette. Une sorte de cousine des héroïnes de Claire Brétécher, délurée, branchée sur la mode, bien dans son temps et conforme aux clichés des magazines féminins. Tout le contraire de la narratrice d’aujourd’hui : une femme généreuse, qui donne de l’amour sans compter, qui se laisse facilement doubler dans une file d’attente, avec le sourire en plus.

L’auteur avait entamé sa carrière avec Sacré Paul (Nil éditions, 1995), qui avait reçu le prix du premier roman. Elle a aussi publié des récits, l’un d’eux assez remarqué, L’Amour dans la vie des gens (Stock), où elle affirmait déjà : « Une nuit, ça me réveille, la pensée que dans mon cas, l’expression « donnant-donnant » signifiait juste que je donne deux fois. » Sophie Fontanel parle souvent de la « chose » amoureuse, et pratiquement que de cela. C’est une sociologue des sentiments, qui brosse le portrait de l’amour tel qu’elle l’a ressenti chez les autres. Et, évidemment, elle laisse apparaître sa propre sensibilité, un mélange de naïveté et de sens de l’absolu, comme si Fonelle n’avait été créée que pour brouiller les pistes. Une question cependant : la jeune femme n’est-elle pas la seule à avoir cette idée de l’amour ? Ne se demande-t-on pas, comme Claudio, si ce genre de situation relève « du platonique ou du néant » ?

En tout cas, la narratrice nous donne sa réponse ; d’ailleurs, elle s’adresse souvent au lecteur, qu’elle prend volontiers à témoin, le tutoyant en bonne copine : « Je t’ai raconté l’histoire d’Arminé Alischane et de Claudio Barbaro pour que tu saches qu’une histoire sublime peut être vraie, et qu’il serait idiot d’ignorer que, parfois, le sublime est la vérité. » Sublime soit, mais dans quel sens ? Sans doute, celui du Petit Robert : « Qui est très haut dans la hiérarchie des valeurs morales, esthétiques ; qui mérite l’admiration. » Le « très haut » peut être accessible, voilà bien de l’optimisme. On s’en voudrait de le contrarier, et l’on a plutôt envie d’arroser de quelques compliments cette « fleur bleue ».

Par Mohammed Aïssaoui, lefigaro.fr

Sublime Amour, de Sophie Fontanel. Nil éditions