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Le Temps qui reste de François Ozon

 
Brutalement, Romain apprend qu’il n’a plus que quelques mois à vivre. Il a trente ans, une famille avec laquelle il est en conflit, un petit ami qu’il va quitter et peut-être le désir de laisser un enfant. Voilà le thème pathétique et finalement serein du neuvième film de François Ozon, Le Temps qui reste.
mardi 17 mai 2005.
 
François Ozon et Jeanne Moreau à Cannes pour la présentation du
François Ozon et Jeanne Moreau à Cannes pour la présentation du "Temps qui reste".

« Je voulais suivre le trajet d’un jeune homme confronté à une mort proche. J’ai tenté de me projeter dans le personnage en récoltant des témoignages, en rencontrant des médecins. Tous m’ont dit : beaucoup de patients refusent des traitements lourds et préfèrent profiter du temps qui reste. »Son personnage, joué par Melvil Poupaud, est homosexuel. Mais le réalisateur a refusé d’en faire un malade du sida. « Le sida est déjà un sujet en soi et, maintenant, on peut y survivre. Là, il a un cancer qui le condamne sans appel. » Et, autour de lui, tout est en crise : « Ce n’est pas parce que la mort arrive que tout va bien autour de soi. On reste dans les conflits de la vie réelle avec sa soeur ou avec son père. Il a une telle carapace qu’il n’arrive pas à lui parler. Romain fuit toujours la réalité et a peur de la violence des au revoir. »

La seule vraie connivence qu’il trouve est avec sa grand-mère jouée par Jeanne Moreau. « C’était une belle occasion de tourner avec elle. Leurs rapports sont basés sur la transmission et Jeanne a cette même générosité dans la vie ! » Enfin, il y a sa rencontre plus surprenante avec Valeria Bruni-Tedeschi, épouse d’un homme stérile qui rêve d’avoir un enfant. Il va hésiter puis faire l’amour avec elle en présence du mari. « C’est une situation incongrue mais crédible. Quand on voit sa mort, on pense à se réconcilier avec l’enfant que l’on était et à laisser une trace de soi. C’est pourquoi il accepte. Il a aussi un besoin de corps et de tendresse. »

A trente-sept ans, François Ozon, admirateur de Bergman et de Rohmer, poursuit sa route en déclinant à chaque film des histoires et des univers différents. Celui-ci pourrait être le deuxième volet d’un triptyque sur la mort entamé avec Sous le sable. « Je suis mon instinct. Comme je fais un film par an, j’essaie de ne pas lasser le spectateur et de partir toujours ailleurs. Avoir assez de désir pour m’investir dans quelque chose pendant un an ! » Quant à Cannes qu’il retrouve deux ans après y avoir présenté Swimming Pool, il y jette un regard très lucide : « Quand on y est pas, on a envie d’y être. Et quand on y est on a envie d’en partir... Mais c’est le meilleur moyen de présenter un film au monde entier. »

Source : lefigaro.fr