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2005, Année Einstein

 
Il y a un siècle, Albert Einstein, à l’office des brevets publiait quatre articles scientifiques révolutionnaires. 50 ans après sa mort, les découvertes d’Einstein peuplent notre quotidien, mais nous restent étrangères. 2005, "Année de la physique" et "Année Einstein", fait de nous des savants fous.
vendredi 15 avril 2005.
 
2005,
2005, "Année de la physique" et "Année Einstein."

Sous l’égide de l’ONU et de l’UNESCO et à l’initiative de l’Union Internationale de Physique Pure et Appliquée (IUPAP) et de l’European Physical Society (EPS), l’année 2005 a été déclarée "Année de la physique". Objectif avoué : faire prendre conscience à la population de l’impact concret des théories scientifiques sur leur quotidien, leur faire mesurer les enjeux de la recherche, notamment d’un point de vue éthique, tenter de rendre la physique plus accessible, amusante et désirable. Car, comme le disait Albert Einstein , à qui l’on rend par la même occasion un hommage plus qu’appuyé, "la plus belle chose que puisse vivre l’homme, la plus profonde aussi, c’est la perception du mystère."

Année de la physique par-ci, Année Einstein par-là

Dans toute la France ont lieu des manifestations de natures très variées : expositions, conférences, débats-citoyens, événements dans des lieux publics, actions multiples en milieu scolaire, spectacles mêlant art et science, films et multimedia... Autour des pures sciences physiques, mais aussi, de manière pédagogique, autour de leurs implications quotidiennes et artistiques. Ainsi, pour ne citer qu’elles, l’exposition sur "la lumière apprivoisée" au Château du Bosc en Midi-Pyrénées interrogera-t-elle dès juillet le rapport entre la physique et la peinture au temps de Toulouse-Lautrec. A Paris, c’est toujours la lumière qui est au centre du débat de la manifestation "Lumière, Couleur Dialogue Art et Science". Et lorsque la scène interroge la science, cela donne ’Oxygène’, une pièce de théâtre de Carl Djerassi et Roald Hoffmann, prix Nobel de Chimie, qui sera créée en octobre à Toulouse.

Si c’est bien la discipline générale qu’est la physique que l’on met à l’honneur en France, Einstein n’en est pas moins au coeur du projet. Ainsi, la Cité des Sciences et de l’industrie est-elle le lieu d’une "expo-dossier" autour du savant, de mars à septembre prochain. Cette brève mais complète exposition dresse un bilan des découvertes du célèbre scientifique "100 ans après". Aménagée en quatre parties didactiques et pédagogiques, elle revient sur les fameux articles fondateurs, explore le monde de l’infiniment petit, puis de l’infiniment grand, avant de faire un tour d’horizon de la recherche actuelle. Entre deux écoutes au casque des éclairants témoignages de physiciens contemporains, on s’arrête béats devant les manuscrits d’Einstein, sur lesquels les formules se suivent d’une écriture minutieuse et serrée, et dont la nature anecdotique n’enlève rien à la fascination qu’ils provoquent.

Allemagne, année 2005

En Allemagne, c’est plus précisément l’inventeur de la théorie de la relativité que l’on fête. L’occasion d’aller voir à Berlin la grande exposition intitulée "Einstein - ingénieur de l’univers" qui lui est consacrée au Kronprinzenpalais, d’assister à la réouverture de la tour Einstein à Potsdam, à celle de la résidence Einstein à Caputh, et de voir se réunir plus de trente prix Nobel discutant des avancées de la physique du siècle passé.

bErn=mc2...

Tel est le "jeu de formule" employé par la ville de Berne pour rendre compte du centenaire des découvertes d’Einstein. En Suisse, c’est en effet principalement dans cette ville que le génial fantôme à la fameuse langue tirée réapparaîtra. L’appartement dans lequel il vécut entre 1903 et 1905 sera réouvert le 22 avril, après une très légère rénovation laissant intact le salon dans lequel il eut l’intuition géniale de mettre en question le concept de temps. D’autre part, une grande exposition, "Einstein 05 - Rencontrer Einstein, expérimenter la physique" ouvrira en juin prochain au Musée historique de Bern.

Alors, cent ans après ?

Les articles parus en 1905 dans la revue ‘Annalen der Physik’ révolutionnent non seulement le petit monde de la physique, mais aussi la perception commune de grands concepts tels que le temps, l’espace ou la matière. Enfin...ils auraient dû... car si les théories einsteiniennes sont aujourd’hui admises et célébrées partout dans le monde scientifique, si une grande partie de la recherche fondamentale a pour objectif de les développer, le commun des mortels continue cependant à parler du temps, de l’espace, et de la matière comme il le faisait au XIXème siècle. C’est ce que déplore Thibault Damour, physicien et auteur d’un ouvrage passionnant intitulé ‘Si Einstein m’était conté’, dans lequel il dresse un portrait scientifique du prix Nobel. "Loin d’avoir été assimilées par tout un chacun", écrit-il, "les révolutions einsteiniennes sont simplement ignorées." Car les découvertes dont on parle dépassent de très loin - comme souvent - les préoccupations purement scentifiques. Il est, de fait, encore extrêmement complexe et ardu de comprendre la notion de temps non pas comme un flux, un absolu, mais comme un relatif, pouvant ralentir selon la vitesse de l’observateur... Certes, dans des conditions bien particulières et très abstraites. Néanmoins, il semble dommage que l’opinion commune n’ait pas plus fait sien un tel changement de paradigme... D’autant plus que les implications techniques permises par les découvertes d’Einstein nous entourent au quotidien. GPS, laser, microéléctronique... et, semble-t-il - de manière joyeusement plus abstraite - bombe atomique.

Un pacifiste inventeur de l’arme nucléaire ?

C’est bien là une des polémiques présentes autour de l’héritage que nous laisse Einstein : grâce, ou à cause, de sa formule bien connue "E=mc2", qui mettait en équivalence la masse et l’énergie, le physicien aurait permis l’invention des centrales nucléaires... et de la bombe atomique. Faux, s’insurge Thibault Damour, celle-ci aurait très bien pu être créée "sans qu’il soit jamais besoin de faire appel à l’équivalence entre masse et énergie". Quoiqu’il en soit, l’histoire retient avant tout d’Einstein qu’il fut un fervent pacifiste, lui qui écrivit : "Qu’un homme puisse prendre plaisir à marcher en formation au rythme d’une fanfare militaire suffit à me le rendre méprisable." Voilà enfin, pour les pauvres néophytes que nous sommes, quelque-chose de simple à comprendre.

Par Amélie Petit, evene.fr