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"Be with me" d’Eric Khoo

 
Eric Khoo,le réalisateur de "Be whith me" est un parfait inconnu en France.
jeudi 12 mai 2005.
 
Lynn Poh dans
Lynn Poh dans "Be whith me" d’Eric Khoo.

La patrie (Singapour) où il a déjà tourné deux films ne nous envoie plus depuis longtemps de nouvelles cinématographiques, et on se demande bien où les sélectionneurs de la Quinzaine sont allés dénicher pareil ovni, surgissant sans crier gare comme un long clip expérimental sur les « formes-écrans » qui ont pris possession du monde en cinq ans (téléphonie mobile, ordinateurs, Web, autant de nouveaux papiers à lettres). Be with me embrasse trois histoires de coeurs pincés à la fois, sans prononcer plus de dix lignes de dialogue.

Une fille de 15 ans est amoureuse folle de sa meilleure copine de classe qui, le comprenant, fuit, apeurée d’avoir à affronter un au-delà de l’amitié qu’elle ne connaît pas encore. Un agent de sécurité suit, telle une caméra de surveillance énamourée, les déplacements d’une femme trop élégante pour lui.

Un vieil homme blotti dans son commerce, résigné à attendre la mort avec solitude, renaît en lisant l’autobiographie de Theresa Chan, sexagénaire sourde et aveugle, parangon d’humanisme et de détermination. Elle est le seul personnage réel de ce film couleur rose bonbon futuriste, roman-photo mutant, délirant à tous crins, maniant l’amour postmoderne à grands coups de SMS. Voici le temps des coeurs numériques où, pour ne plus aimer quelqu’un, il suffit d’effacer un à un les messages désespérés qu’il vous envoie sur votre mobile.

Tous les êtres ici sont des amants déchirés et des handicapés sentimentaux, et l’horizon philosophe du film est celui où « l’amour ne disparaît que quand on ne comprend pas ce qu’il veut dire ».

Espoir du film : il y aura toujours de l’amour tant qu’une pensée amourachée sera communicable. Dommage que Khoo n’évite pas toujours un côté « chou-fleur » : quand il s’envole vers des cimes de lyrisme gaga, on ne sait plus si on est à Cannes ou devant la page courrier du site Web de Jeune et jolie.

Qu’importe. C’est bien, au fond, que la Quinzaine ait pris le risque d’ouvrir sur ce film, comme le signe qu’on peut tout attendre du cinéma. Qu’il nous regarde, qu’il nous essaye, qu’il nous téléphone.

Par Philippe AZOURY, liberation.fr