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Biographie de George Lucas

 
Illuminé, visionnaire, magicien ou tout simplement génie, George Lucas s’est vu attribuer toutes sortes de qualificatifs durant sa carrière.
vendredi 13 mai 2005.
 
George Lucas, le
George Lucas, le "magicien du cinéma populaire."

Pour certains, George Lucas a réinventé tout simplement la façon de faire du cinéma. Pour d’autres, il est le symbole de l’ère du numérique, jugée dangereuse pour l’authenticité du septième art. Cependant, admirateurs ou détracteurs, tout le monde s’accorde à dire qu’il a définitivement marqué son époque. Considéré comme le "magicien du cinéma populaire", George Lucas explore durant sa carrière les différentes composantes de la fabrication d’un film, alternant les fonctions de réalisateur, scénariste et producteur. Cette polyvalence lui permet de développer une approche personnelle du métier. Ecœuré en début de carrière par les pratiques d’Hollywood, George Lucas n’aura de cesse d’acquérir une absolue indépendance vis-à-vis des studios. Il finalement est parvenu à obtenir ce statut mais non sans mal.

Né le 14 mai 1944, George Walton Lucas Jr grandit à Modesto, petit village de la Californie du Nord. Fils de commerçants, il connaît une enfance classique où le rock, les comics et les voitures de courses rythment son quotidien. Prenant la mécanique très au sérieux, il envisage de devenir coureur automobile. Mais à 18 ans, un grave accident de voiture le dissuade définitivement de poursuivre dans cette voie. Il entre alors à l’université pour présenter une licence de sociologie, avant de changer complètement d’orientation. Il intègre en effet l’University of Southern California (USC), l’une des meilleures écoles de cinéma du pays. Après avoir réaliser huit courts métrages, il devient maître auxiliaire et enseigne la prise de vues aux élèves-officiers de la Marine. George Lucas fait alors parler de lui pour la première fois en 1967 en remportant le Grand prix au Festival national du film universitaire avec THX 1138 : 4EB / Electronic Labyrinth.

Cette récompense, qui lui vaut une certaine renommée, lui permet de rencontrer Francis Ford Coppola, comme le raconte Peter Biskind dans son livre Easy Rider, Raging Bull. "Sur le tournage de son film suivant, Les gens de la pluie, une sorte de bluette à petit budget, le réalisateur [Coppola, ndlr] repéra un jeune gringalet de 23 ans qui l’observait travailler. A force de le voir sur le tournage, Coppola remarqua que le jeune homme portait tous les jours le même uniforme : futal noir, tee-shirt et baskets blancs. George Lucas était le petit génie de l’université de South California et son court métrage THX 1138 : 4EB / Electronic Labyrinth, venait de remporter le premier prix du 3e Festival du film d’étudiant avec, à la clé, une bourse de six mois qui lui permettait de déambuler à sa guise dans les studios de la Warner. Lucas était timide à un point quasi pathologique. Sa futur femme Marcia Griffin, mit plusieurs mois avant de réussir à lui faire dire son lieu de naissance. " Il ne révélait rien sur lui spontanément ", se souvient-elle. Avec ses collègues réalisateurs au contraire, Lucas pouvait parler de cinéma, et Coppola rapidement reconnut l’un des siens..."

La naissance de cette amitié donne lieu à leur première collaboration. George Lucas profite du tournage des Gens de la pluie (1969) pour réaliser un documentaire en forme de "making of" intitulé Filmmaker. Deux ans plus tard, les deux hommes décident de créer leur propre studio de cinéma. Ils quittent Los Angeles, la Mecque du cinéma, pour San Francisco afin de fonder American Zoetrope. "C’était une façon de dire : nous ne faisons pas partie de l’establishment", expliquera Lucas. Son premier long métrage issu de ces nouveaux studios n’est autre que THX 1138, prolongement du court métrage. Financé pour 800 000 dollars, ce film de science-fiction, qui décrit les dérives de la robotisation, n’obtient pas le succès escompté en dépit d’une critique favorable. En 1971, Lucas gagne en indépendance vis-à-vis de Francis Ford Coppola en montant sa boîte de production : Lucasfilm Ltd, basée en San Rafael, Californie. Mais l’échec de THX 1138 reste toujours présent à son esprit. "Lucas s’était aperçu qu’Hollywood laissait de côté un public lassé de ce flot ininterrompu de sexe, de violence et de pessimisme", rapporte Peter Biskind dans son livre. De cette constatation naît l’envie de montrer "ce qu’avait été l’adolescence pour une certaine génération d’Américains". American graffiti est tourné en 28 jours pour un budget de 750 000 dollars. Le film qui sort en salles en 1973 est un succès sans précédent, totalisant 115 millions de dollars. Comme l’avait prédit Lucas, un public nostalgique s’enthousiasme pour les pérégrinations des ces étudiants tout juste diplômés. American graffiti obtient également cinq citations à l’Oscar (catégories film, réalisation, scénario, actrice de second rôle et montage). Outre ces nominations, il remporte le prix du meilleur scénario de la New York Film Critics ainsi que le Golden Globe de la meilleure comédie de l’année.

Bénéficiant d’une solide réputation, George Lucas peut désormais s’atteler à des projets plus personnels. Fortement impressionné par 2001 : l’odyssée de l’espace de Kubrick (1968), il songe à replonger dans la science-fiction avec un projet populaire de grande envergure. Intitulée à l’origine Les aventures de Luke Skywalker, la trilogie rebaptisée Star wars occupe Lucas pendant une décennie (1973-1983). Durant cette période, il va établir les bases de son empire en créant Industrial Light & Magic (1975) pour limiter le coût des effets spéciaux du premier volet. Basée dans la vallée de San Fernando, cette société réunit des bidouilleurs de génie qui "développent des trésors d’imagination pour résoudre un problème technique". Précurseurs dans ce domaine, les ingénieurs d’ILM repoussent les limites de la technologie informatique. On leur doit ainsi le premier morphing dans Willow de Ron Howard. L’expérience est réitérée avec plus de réussite dans Abyss (la colonne d’eau animée) et surtout dans Terminator 2, deux films de James Cameron. Cette maîtrise de la programmation informatique permet à Steven Spielberg de recréer des dinosaures entièrement digitalisés pour Jurassic Park 1 et 2. Naturellement, La menace fantôme n’échappe pas aux manipulations informatiques d’ILM. En effet, sur 2 700 plans, 2 200 nécessitent des effets spéciaux digitaux, la course de podes étant presque entièrement composée d’images de synthèse. En 24 ans d’existence, Industrial Light & Magic (1 500 employés) a démontré à maintes reprises son savoir-faire, récompensé par quatorze Oscars.

Starifié et millionnaire depuis le succès international de Star wars (1977), George Lucas n’en garde pas moins la tête froide. Harcelé par les producteurs durant le tournage, il n’envisage plus de monter un film sans une entière indépendance. Cinéaste artisan comme il aime se définir, il s’autorise un magnifique pied de nez aux grands studios hollywoodiens en finançant lui-même les suites de Star wars. "George a toujours été un cow-boy solitaire, estime un ancien producteur de la Fox. Il en a toujours voulu aux studios d’avoir coupé ses premiers films. Son obsession était de s’affranchir du système". Et pour avoir un maximum de contrôle sur son œuvre, il cède ainsi son fauteuil de réalisateur sur L’Empire contre-attaque et Le retour du Jedi->6443]. Parallèlement à cette nouvelle autonomie, son empire s’est agrandit pendant cette décennie avec la création d’un autre département. Faisant partie de LucasDigital au même titre que Industrial Light & Magic, Skywalker Sound (1975) fournit ses services en matière de postproduction audio. Toujours à la pointe de la technologie, cette cellule a travaillé sur des films comme Backdraft, JFK ou encore Titanic, et récolté de nombreux Oscars. Pour abriter son empire, George Lucas s’est offert un domaine de 5 hectares en 1978 à San Rafael. Baptisé le Skywalker Ranch, il a pris le temps de le bâtir, dépensant une fortune pour planter deux mille arbres et construire tous les bâtiments dans le pur style victorien. Loin d’Hollywood, George Lucas aspire au calme en compagnie de sa femme Marcia Griffi qu’il a épousé en 1969. Extrêmement discret - le domaine est invisible depuis la route, le Skywalker Ranch regroupe les bureaux de LucasFilm, ceux de ILM et Skywalker Sound ainsi qu’une salle de projection luxueuse.

Les années 70 touchent à leur fin. En pleine préparation de L’Empire contre-attaque, George Lucas et Steven Spielberg, amis depuis quelques années déjà, décident de faire un grand film d’aventure. Un an plus tard et le succès de L’Empire contre-attaque passé, Lucas s’offre une parenthèse en imaginant le personnage d’Indiana Jones. Les aventuriers de l’arche perdue (1981), pour lequel il est producteur exécutif, est un succès planétaire et le début d’une autre trilogie. Mais ses fans réclament le troisième volet de Star wars. Il s’immerge à nouveau dans son univers galactique pour livrer en 1983 Le retour du Jedi. Le film, comme les précédents, caracole en tête des box-offices internationaux consolidant encore un peu plus l’autonomie financière de Lucas. Mais 1983 est également synonyme de divorce avec Marcia Griffin, son épouse depuis quatorze ans.

Toujours en quête de perfectionnisme, il développe avec ses équipes le système sonore THX afin de fournir aux cinémas une reproduction sonore optimale. On compte actuellement plus de 2 000 salles dans le monde qui bénéficient du son THX. LucasArts voit le jour dans la même période. Fasciné par les capacités des ordinateurs, George Lucas met très tôt en place un département pour développer des jeux vidéo. Bénéficiant de la licence Star wars, LucasArts s’inspire de la trilogie pour mettre sur le marché des produits comme Rebel assault II ou plus récemment La menace fantôme, le jeu vidéo. LucasArts est l’un des principaux éditeurs de programmes ludiques qui jouit d’un renom international grâce aux centaines de récompenses accumulées. Le Skywalker Ranch accueille deux autres activités : Lucas Licensing qui assure le merchandising des films et propriétés télévisuelles de Lucasfilm et Lucas Learning qui s’attache à promouvoir de nouvelles expériences pédagogiques à l’aide de logiciels interactifs.

Le cinéma reprend ses droits et George Lucas enfile à nouveau sa casquette de producteur exécutif sur Indiana Jones et le temple maudit (1984), toujours réalisé par son ami Spielberg. En 1986, il occupe la même fonction sur le court métrage musical futuriste Captain Eo, interprété par Michael Jackson et réalisé en 3-D par Francis Ford Coppola. Il participera ultérieurement à la création de l’attraction Star Tour pour les parcs à thèmes Disney. Les productions s’enchaînent de manière régulière : Howard the Duck (1986) considéré comme le plus mauvais film des années 80, Willow (1988) de Ron Howard, Tucker (1988) de Coppola, émouvant hommage à un génie méconnu de l’histoire de l’automobile, et Indiana Jones et la dernière croisade (1989), succès de l’année. Entre deux tournages, il trouve une nouvelle compagne, Linda Ronstadt, avec qui il élève Amanda, Katie et Jett, ses trois enfants adoptés. George Lucas se met à produire des séries pour la télévision. En 1992 débute Les aventures du jeune Indiana Jones. Auparavant, il avait déjà transposé le monde des Ewoks à la télévision avec plus ou moins de réussite. En 1994, il est au générique de Radioland murders en tant qu’auteur du sujet original et producteur exécutif. L’année 1997 marque les vingt ans de la célèbre trilogie et pour fêter l’événement, Lucas se fend d’une version entièrement restaurée par ses équipes. Le public n’a pas oublié ses références et réserve un triomphe aux trois films. Enfin, Lucas s’était retiré dans sa retraite jusqu’à ce qu’il annonce la mise en chantier d’une nouvelle trilogie de sa saga.

Par Edgar Hourrière, avoir-alire.com