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L’Etrange Voyage de Rudolph Hess, de Martin Allen

 
Dans la nuit du 10 mai 1941, Rudolph Hess, adjoint et favori du Führer, sautait en parachute près de Glasgow pour venir négocier une paix qui eût prévu notamment la libération de la Norvège, du Danemark et de la France. En vain. Les services secrets britanniques, via Winston Churchill, qui avaient laissé croire à un possible arrangement, refusèrent.
jeudi 5 mai 2005.
 
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L’Etrange Voyage de Rudolph Hess, de Martin Allen.

Le premier ministre britannique voulait la perte du premier des nazis. Ainsi, la tentative du Führer, séduit par l’Est mais désireux d’éviter la guerre sur deux fronts, échouait-elle. C’est en explorant des archives jusque-là inédites, en retrouvant des témoins, que l’historien anglais Martin Allen soutient cette thèse tout à fait surprenante. Au printemps de l’année 1941, Albert Haushofer, conseiller confidentiel en politique extérieure de Hitler, rencontrait, en Suisse, un agent britannique. Une pré-négociation fut entendue entre les deux camps. « Une réunion devait se tenir à Madrid, confia le père d’Albert Haushofer aux services de renseignements américains. Quand mon fils est revenu, on l’a immédiatement appelé à Augsbourg pour voir Hess. Quelques jours plus tard, Hess s’est envolé pour l’Angleterre. »

Devant le refus de Winston Churchill, menant un combat psychologique contre l’ennemi, Hess fut arrêté et l’étrange voyage fut alors considéré « officiellement » comme l’acte d’un fou. Hitler dut adopter aussi cette version, sous peine d’être discrédité et de perdre la face devant son propre peuple. Le travail d’intoxication mitonné par le groupe d’agents secrets SO1 réussissait. Le bras de fer commencé dans les années 30 entre Churchill et Hitler tournait à l’avantage de sir Winston. Volens nolens, le IIIe Reich étant obligé de livrer bataille sur deux fronts.

A la fin du conflit, ce sont des archives qui disparaissent et des témoins de premier ordre retrouvés assassinés. Selon l’historien, les services secrets britanniques ont utilisé tous les moyens pour dissimuler ce secret d’Etat. Et, pendant les cinquante ans d’emprisonnement de Rudolph Hess qui vont suivre, les Anglais feront en sorte qu’il ne parle jamais de sa vraie mission,

Au prix d’une investigation remarquable, l’historien anglais nous dévoile ce secret d’Etat, énième épisode d’une histoire diplomatique, complexe et sensible, susceptible de changer le cours de l’histoire.

Par Jean Charles Chapuzet, lefigaro.fr

L’Etrange Voyage de Rudolph Hess, de Martin Allen, Plon, 352 p. 22 €.