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Eva Green : trois films et un royaume

 
Pour son troisième film, Eva Green a tourné avec Ridley Scott dans “ Kingdom of Heaven", rien que cela. Il faut dire que la belle avait débuté avec un monstre sacré du cinéma : Bernardo Bertolucci. De quoi, dit-elle, devenir exigeante. on la croit volontiers !
mercredi 11 mai 2005.
 
Eva Green dans Kingdom of Heaven. - 5.8 ko
Eva Green dans Kingdom of Heaven.

L’ovale parfait du visage irradié par le regard bleu cobalt que rehausse une carnation idéalement pâle. La silhouette fine et longue est prise dans un pantalon corsaire noir et une veste sombre courte cintrée à la taille et boutonnée sur un corsage marron à col montant. “ Je n’aime pas les tenues sexy, note-t-elle sans paraître se rendre compte qu’ainsi vêtue elle est d’une séduction renversante. Ma mère me dit : “Montre ta chair, montre tes bras, c’est beau !” ” Sa mère, c’est Marlène Jobert, et Eva s’amuse de constater que, à vingt-quatre ans, le cordon ombilical n’est pas forcément tout à fait coupé.

“ J’ai acheté un petit appartement à Londres et je me partage entre l’Angleterre et Paris. ” Et, quand elle revient en France, elle habite tout naturellement chez ses parents. En trois films, Eva Green a déjà amorcé un prestigieux début de carrière internationale puisqu’elle a illuminé de sa grâce “ Innocents ”, de Bernardo Bertolucci, que son énergique beauté a fait merveille dans “ Arsène Lupin ”, de Jean-Paul Salomé, et qu’elle partage maintenant l’affiche de “ Kingdom of Heaven ”, la superproduction de Ridley Scott, le cinéaste d’“ Alien ” et de “ Gladiator ”, avec Orlando Bloom, Jeremy Irons et Liam Neeson.

“ C’est un honneur de faire partie d’un tel casting et de participer à un film aussi splendide ”, s’enthousiasme-t-elle, encore sous le coup de l’émerveillement. Elle reconnaît : “ J’ai été terriblement gâtée pour mon début de carrière. Même si, dans une certaine mesure, c’est un peu un cadeau empoisonné. Car comment, ensuite, ne pas devenir exigeante ? ” Elle assure être “ plutôt cérébrale ” et garde du même coup les pieds sur terre : “ J’ai eu énormément de chance. Ce métier c’est, à soixante-dix pour cent, du hasard et de la chance. ”

“ Kingdom of Heaven ”, c’est l’aventure pleine de bruit et de fureur d’un jeune forgeron, Balian (Orlando Bloom), bâtard de Godefroy d’Ibelin (Liam Neeson), baron du roi de Jérusalem, et que son père vient chercher pour l’emmener en Terre sainte. Là, il tombera sous le charme de Sibylle (Eva), sœur du roi mourant et épouse du perfide Gui de Lusignan, tandis que l’armée de Saladin s’apprête à reconquérir la ville de Jérusalem tenue par les croisés.

“ Je me suis vraiment battue pour avoir ce rôle. Quand j’ai lu ce scénario aux accents shakespeariens, j’en suis tombée amoureuse. J’ai passé plein d’auditions, je pensais que jamais je ne l’obtiendrais parce qu’il y avait une concurrence féroce. Et puis... ” Elle ajoute également, avec un petit sourire qui se moque d’elle-même, oscillant entre la passion et la retenue : “ Je dois avoir un ange gardien... ” Et, à l’évidence, un gaillard bigrement sur la brèche !

Elle confie que, dans son désir d’être comédienne, il y a eu probablement l’envie de se cacher. “ Je suis très timide et ce métier me semblait la seule façon de m’exprimer. J’ai eu envie de devenir quelqu’un d’autre pour ne plus être tout à fait moi, en vivant ailleurs, dans un autre monde, dans une autre existence. ” Elle a aussi joué au théâtre dans “ Jalousie en trois fax ” et dans “ Turcaret ”. “ Et, sur “Turcaret”, j’ai eu des trous de mémoire ! J’en fais encore des cauchemars ! ” frissonne-t-elle.

Longtemps, elle a eu du mal à gérer son angoisse de comédienne en devenir. “ Aujourd’hui, je relativise plus. Je m’aperçois que la vraie vie est plus importante que la réussite professionnelle. Je prends de la distance, du recul. Si j’échoue quelque part, je me remets debout en me disant : ce n’est pas si grave ! Je suis combative, pas ambitieuse. ” Elle a aussi, à l’écran, la présence somptueuse et glamour des stars du vieil Hollywood quand il vivait encore son âge d’or.

Par Christian González, lefigaro.fr