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Interview de Ridley Scott

 
Après avoir court-circuité les us et coutumes du péplum (Gladiator), Ridley Scott continue son dynamitage en bonne et due forme des codes de films de genre avec cette fois-ci le film de croisades. Son Kingdom of Heaven s’impose comme une œuvre très estimable qui, à défaut d’être totalement réussie, privilégie la psychologie des personnages et l’intimisme des situations aux scènes bourrines.
mardi 26 avril 2005.

L’histoire

 
Kingdom of Heaven de Ridley Scott. - 3.2 ko
Kingdom of Heaven de Ridley Scott.

"Tous les personnages du film sont historiques, mais l’histoire de Balian est inventée jusqu’à la troisième partie du film quand il est devenu gouverneur de Jérusalem et que c’est à lui qu’incombe la défense. A partir de là, c’est totalement historique car Balian en a effectivement été le défenseur. Plus globalement, tous les personnages sont effectivement historiques à l’instar du roi Baudouin IV, le lépreux. Le seul changement qui s’est effectivement tourne autour du personnage de Tiberias."

La musique

"C’est la première fois que je travaillais avec Harry Gregson-Williams. J’étais convaincu de la totalité de ce qu’il a fait. De toute manière, je tiens toujours à avoir une bonne bande-son dans mes films."

Les valeurs

"La chevalerie, le sens de l’honneur et de la tolérance semblent avoir disparus à notre époque, même dans le sport (il sourit). C’est la guerre. Et je ne pense pas au contraire que ce soit un gain. Quand j’étais adolescent, quand je vivais en Angleterre, j’allais voir que des films américains. C’est ma principale influence parce que c’est ce qui était le plus accessible à l’époque. C’était le style, l’iconographie, la morale. Il faut reconnaître que dans ce type de cinéma, le héros, le cow-boy, le chevalier sont toujours des icônes et ils peuvent être extrêmement agressifs tout en restant très sympathiques. Et quand j’étais étudiant à Londres, j’ai découvert une autre forme de cinéma. Par exemple, j’ai vu à peu près tous les films de Kurosawa et cela m’a beaucoup influencé, en particulier les chevaliers et les samouraïs. Quant au choix de la période, on peut penser que ça présente un intérêt aujourd’hui et que cela a un sens contemporain ; d’autres, au contraire, disent que pas du tout, que ça s’est passé il y a mille ans. Mais de toute façon, on peut se dire qu’encore aujourd’hui on souffre de la blessure. A la base, les 25 pages du premier traitement du script de Kingdom of Heaven commençaient sur deux reporters de guerre coincés dans une chapelle autour de la tombe de Godefroy. A travers ces scènes, je voulais montrer à quel point le conflit reste à peu près le même. Histoire de souligner les différends mais on a pensé que ce n’était pas utile et qu’il suffisait de présenter le film, à chacun d’en tirer ces conclusions. On a simplement mis un carton à la fin."

Orlando

"Je l’ai rencontré sur le tournage de La chute du Faucon noir. Il y avait toute une série de jeunes acteurs et il en faisait partie. Au tout début de l’action, il tombe de l’hélicoptère d’une façon incompréhensible, il fait une chute de 20 mètres. A ce moment-là, toute la première équipe de l’hélicoptère est hors course parce que quand on perd un homme, on en perd quatre ; deux qui doivent récupérer le blessé et l’autre qui doit les protéger. Il jouait ce rôle très bref mais il a fait tellement de recherches pour le jouer qu’il a fini par me rendre fou. C’est à partir de ce moment là que j’ai remarqué qu’il était doué. J’ai pensé à lui par la suite. Malheureusement, quand je lui ai fait rasé la tête, il avait l’air d’avoir 12 ans. Il en a 27 maintenant mais il a conservé une espèce d’innocence très authentique. En même temps, c’est un homme intelligent et pas naïf. Avec cette idée, je l’ai proposé au studio. En général, on ne remet pas en cause mes choix. Et là en revanche, ils ont eu des doutes. J’ai été obligé de lui faire passer des tests pour démontrer le contraire."

... Et les autres

"Je ne m’en sors pas trop mal en général. J’ai découvert Sigourney Weaver, Brad Pitt, Russell Crowe et je l’ai eu pour pas cher (il rit). Je pense que chacun découvre sa propre méthode pour diriger des comédiens. Mon point de vue, c’est qu’à la fin du film, le comédien ne doit plus savoir ce qui s’est passé. Je pense qu’il faut savoir dire non. Le casting est fondamental et une fois qu’on a réuni de bons comédiens et une bonne équipe, ça marche. En ce qui concerne la direction des acteurs, comme Ang Lee, je parle peu sur les personnages. J’essaye d’en dire le moins possible. Quand c’est un bon comédien, je ne dis rien quand tout me satisfait. J’ai été comédien moi-même, et en tant que comédien, j’aurais trouvé irritant qu’un type me parle tout le temps et essaye d’envahir mon jeu."

L’actualité brûlante

"Je n’ai pas eu de difficultés particulières à monter le film malgré les tensions religieuses. De toute façon, je suis allé au Maroc trois fois en cinq ans pour Gladiator et La chute du faucon noir. J’ai eu plein d’hélicoptères black hawk au dessus de Marrakech pour jouer les scènes, il y avait des rangers américains pour surveiller des black hawk et on n’a jamais eu de soucis. On a tourné dans un petit village de pêcheurs au bord de l’Atlantique principalement prolétarien où il y avait des militants de la lutte contre les américains. On traversait la ville à pied sans problème. Et quand le projet de Kingdom of Heaven a pris forme, le roi m’a convoqué, j’ai été décoré et je suis chevalier du Maroc. Sa seule réaction a été de savoir si on voulait qu’il nous aide. Il a été tout à fait actif puisqu’il nous a obtenu des autorisations et nous a prêté entre 850 et 1000 de ces hommes de troupe militaire pour le tournage.

J’ai décidé dès le départ que les musulmans dans le film seraient des musulmans et les trois personnages principaux sont donc Saladin avec l’attitude tolérance, le Mullah qui se remet en question assez souvent sur la tolérance de Saladin, et Imad entre les deux qui fait l’intermédiaire. On ne peut pas faire un film de 7 heures donc je me suis focalisé sur trois personnages pour évoquer le problème des musulmans."

Le DVD

"Le DVD constitue une belle opportunité pour redécouvrir le film. Grâce au DVD, on a vraiment l’impression d’être au cinéma chez soi, de pouvoir sortir son film de l’étagère comme un livre et d’assister sur l’écran chez soi aux techniques les plus sophistiquées avec la même expérience qu’au cinéma. Chez soi, on peut arrêter le film pour aller boire une bière, le remettre en route tout en le regardant pendant quatre heures, alors qu’en salles, il faut appliquer ce que j’appelle le critère MAC : « mal au cul »." (NDR. faute de temps manifestement, pas de réponse sur la version longue)

Par Romain Le Vern, lecinema.net