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Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini

 
Après plusieurs années d’exil aux Etats-Unis, une voix ramène Amir à Kaboul... et à sa culpabilité. Un premier roman bouleversant de Khaled Hosseini.
samedi 7 mai 2005.
 
Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini. - 4.6 ko
Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini.

En arrivant au pouvoir, les taliban ont interdit non seulement la musique et le cinéma, mais aussi les cerfs-volants. A Kaboul, certains matins d’hiver, on voyait voler dans le ciel des dizaines d’ailes multicolores, conduites par des adolescents aux mains entaillées par la morsure d’une ficelle durcie à l’aide d’une mixture de colle et de verre pilé. Tout au long de la journée, on les observait grimper ou plonger, au gré des attaques et des esquives, jusqu’à ce que le vainqueur parvienne à sectionner le filin du cerf-volant adverse. Le soir, il n’en restait plus qu’un à planer dans l’azur kabouli. Au milieu des années 1970, Amir, fils d’un riche commerçant pachtoun, et Hassan, fils de leur serviteur hazara, élevés comme des frères malgré leur différence de condition, remportent l’une de ces compétitions. Mais, le soir même, Hassan se fait violer par le chef d’une bande rivale, un admirateur de Hitler, tenant de la supériorité de la race pachtoune, pour qui les Hazara sont des sous-hommes. Paralysé par la peur, Amir n’intervient pas.

Le poids de la culpabilité le poursuivra jusqu’aux Etats-Unis, où sa famille a fui peu après l’arrivée des troupes soviétiques. En Californie, Amir devient un écrivain reconnu. Malgré le remords qui le taraude, malgré la nostalgie qui l’étreint, il se résout à devenir un parfait immigré intégré, quand un coup de téléphone de Kaboul le rappelle à sa honte : « Viens. Il existe un moyen de te racheter. » En dépit des risques, Amir décide de rentrer à Kaboul, affublé d’une fausse barbe, pour plonger dans l’enfer taliban. Il découvre l’horreur : lapidations à la mi-temps des matchs de foot ; mutilés qui vendent leur prothèse sur les marchés ; viols d’enfants dans les orphelinats... Il retrouve aussi le Pachtoun fan de Hitler, pour une ultime explication en forme d’ordalie.

Khaled Hosseini, 40 ans, fils d’ambassadeur, vivait en France à l’arrivée des communistes au pouvoir, avant que sa famille obtienne le droit d’asile aux Etats-Unis. Son roman, bouleversant malgré une écriture un peu conventionnelle, sera adapté au cinéma par Sam Mendes (American Beauty). Des cerfs-volants au cinéma : une double victoire sur la barbarie talibane.

Par Thierry Gandillot, l’express.fr