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Mahmoud Darwich : Je vois mon ombre qui s’avance de loin

 

Je vois mon ombre qui s’avance de loin

Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux
J’ouvre sur mes amis qui apportent le courrier du soir
Du pain, du vin, quelques romans
Et, des microsillons
J’ouvre sur des mouettes et des camions de soldats
Qui changent les arbres de ce lieu

samedi 16 avril 2005.

J’ouvre sur le chien de mon voisin émigré
Il y a un an et demi, du Canada
J’ouvre sur Abou al-Tayyib al-Mutanabbi
Parti de Tibériade vers l’Egypte
Sur le cheval du chant

J’ouvre sur la rose de Perse qui grimpe
La clôture de fer

Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux

(...)

J’ouvre sur ma langue après deux jours
Un peu d’absence suffit
Et Eschyle ouvrira la porte à la paix
Un bref discours
Et Antoine embrasera la guerre
Et me suffit
La main d’une femme dans la mienne
Pour que j’enlace ma liberté
Et que le sac et le ressac reprennent dans mon corps

Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux

J’ouvre sur mon ombre
Qui s’avance
De
Loin

(...)

Extrait de "Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?" de Mahmoud Darwich

Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?

Traduit de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar 127 pages

Titre original : Limâdhâ tarakta al-hisân wahîdan Editeur original : Riad El-Rayyes Books Ltd, 1995

Arles, Actes Sud, 1996