Portail de la Poésie et de la Culture
 
 

Walt Whitman : Feuilles d’herbe

 
Aucun livre avant celui-là, le sien, Leaves of Grass - assurera Whitman d’entrée de jeu - ne s’est jamais emparé du monde, du passé, du présent et de l’avenir par la parole, le verbe...
mercredi 2 février 2005.

Saluons l’aplomb, la certitude, la foi en soi de

 
Walt Whitman : Feuilles d’herbe. - 4.7 ko
Walt Whitman : Feuilles d’herbe.

l’autodidacte ! « Les mots de mon livre n’étant rien, son esprit, tout,/ Un livre à part, sans lien avec le reste ni inspiré par l’intellect,/ Mais dont chaque page vous fera tressaillir de choses qu’on n’a pas dites. » Feuille après feuille le grand arbre croît entre 1849 et 1892, édition ne varietur qu’il corrige de sa main avant de mourir, septuagénaire un peu scandaleux et célèbre.

Pourtant, de cette adresse aux « orgueilleuses bibliothèques », le sens paraît plus mince que le volume du flot verbal. Walt Whitman convoque toute chose au monde, chaque peuple, chaque individu, scribe d’un gigantesque abécédaire, recenseur du grand Catalogue comme l’Ancien Testament recensait les prophètes et les proverbes. Du fameux « Chant de moi-même » aux « Roulements de tambour » de la Sécession rien n’échappe à son avide générosité, ni ne la rebute semble-t-il. Des primes effusions de « Calamus » à la modernité mécaniste, la voix de Whitman s’enfle de ce que nous pouvons encore confondre avec l’idée naïvement parfaite du destin de l’homme moderne, fils de l’Amérique réconciliée.

Le barde solitaire devient colossal, sans toutefois parler « le langage de tous ». Il chante des concepts et alors l’émotion lui manque ; il réclame la liberté d’aimer, sans nulle sensualité. Pourtant, on ne sait quoi d’un peu orphique respire par moments dans cet amas de vocables, d’appels, d’incantations, de communions forcées ; alors nous l’écoutons, surtout lorsqu’il se confie à la limite du murmure.

Par Claude Michel Cluny (2002), lire.fr