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Nguyên Huy Thiêp : L’or et le feu

 
Dans l’or et le feu de Nguyên Huy Thiêp, il n’y a ni héros ni traitres.
jeudi 14 avril 2005.

Quand paraît, en 1987, dans la revue Van Nghê (« Art et littérature »)

 
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Nguyên Huy Thiêp : L’or et le feu

« Un général à la retraite », la nouvelle de Nguyên Huy Thiêp fit scandale. Le narrateur, un ingénieur de trente-sept ans, fils de général, raconte d’une voix triste, quasi monocorde, le désenchantement de son père en ces temps de paix. Une paix conquise, mais à quel prix ? Dans la nouvelle société de la République socialiste du Viêt Nam, les valeurs fondamentales seraient-elles oubliées ? La bru du général et femme du narrateur travaille dans une maternité et rapporte des fœtus avortés pour engraisser les pourceaux. L’année suivante dans la même revue, Nguyên Huy Thiêp, ancien enseignant d’histoire, publie des nouvelles historiques qui bousculent l’historiographie officielle. Les héros nationaux descendent de leur piédestal et les traîtres à la patrie ont les défauts de chacun.

L’or et le feu, recueil de nouvelles qui vient de paraître aux éditions de L’Aube en même temps qu’une pièce de théâtre (Une petite source tranquille), réunit des récits qui ont en partie trait à une période trouble de l’histoire du Viêt Nam : la fin du XVIIe siècle. Le pays est en proie à la guerre civile, les seigneuries du Nord et du Sud s’affrontent. Portés par un mouvement de révolte populaire, les frères Tây Son prennent le pouvoir. L’un des trois frères régnera sous le nom de Quang Trung, il est à ce jour considéré par le régime communiste comme une grande figure patriotique, du fait de ses origines plébéiennes et de sa détermination à ne pas s’allier avec l’ennemi. A l’inverse, son rival, Nguyên Phuc Anh, le futur empereur Gia Long et fondateur de la dernière dynastie des Nguyên (1802-1945), est perçu comme celui qui n’a pas hésité à pactiser avec l’étranger (les Français) afin de servir son ambition personnelle.

Nguyên Huy Thiêp nuance le jugement, en multipliant les points de vue. Gia Long est également l’unificateur du Viêt Nam et sans doute celui qui le fit basculer dans la modernité. L’aventurier français Périer consigne à son sujet dans ses Mémoires : « Le roi était un abîme de solitude bien qu’il jouât à merveille son rôle de monarque devant sa cour » (L’or et le feu), un mandarin dit des Tây Son : « Leur façon est celle de ploucs parvenus » (Au fil de l’épée). Quant au plus grand poète vietnamien Nguyên Du, ainsi est-il dépeint : « Sensible au malheur individuel mais ne comprend pas le grand malheur de la nation, une nation dont la caractéristique est le sous-développement. » De telles paroles dans un pays où la démocratie est toujours au rendez-vous, peuvent être jugées blasphématoires. Thiêp le sait. Cependant l’écrivain vietnamien, né en 1950 à Hanoi, n’est pas un moralisateur. Jamais, chez lui, de volonté explicite de dénoncer. Juste ce regard silencieux qui cherche l’humanité en toutes choses : chercher l’homme et, pour ce faire, interroger le mal s’il le faut.

Par Sean James Rose (2002), lire.fr

L’or et le feu
Nguyên Huy Thiêp
L’Aube
Traduit du vietnamien par Kim Lefèvre.